Il faudra un certain courage pour affronter ce Calvaire qui ne fait pas mentir son titre. Première œuvre d'un jeune cinéaste belge, ce film d'horreur frigorifiant placé sous le signe de Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse), de John Boorman (Délivrance) et surtout de Gaspar Noé (Irréversible) commence par installer une atmosphère très prenante avant de réaliser, très méthodiquement, le programme annoncé.

Chanteur de charme itinérant qui se produit surtout dans des hospices, Marc Stevens évite les avances d'une infirmière pour reprendre la route hivernale. Sauf que cette fois-ci, il se perd en forêt, tombe en panne et atterrit chez Paul Bartel (attention clin d'œil!), un ex-comique et aubergiste fragilisé depuis que sa femme Gloria l'a quitté. Après avoir surpris des paysans dégénérés en train de se soulager sur un pauvre cochon, Marc tombera de Charybde en Scylla…

Encore une fois, le savoir-faire du réalisateur ne fait pas l'ombre d'un doute, qui a mené ce film de la Quinzaine des réalisateurs cannoise au tout récent Festival du film fantastique de Neuchâtel. Le décor à lui seul donne déjà la chair de poule, et rarement solitude, froid et humidité auront été aussi bien traduits à l'écran. Formidablement interprété par Laurent Lucas et Jackie Berroyer, le début allie même avec bonheur suspense psychologique et humour de dérision (l'indispensable touche belge). Bref, on serait presque séduit.

Mais à quoi rime donc la débauche de sadisme – de l'obligatoire crucifixion au non moins prévisible viol collectif – de la seconde partie? Métaphore du manque d'amour dont souffre le monde? Calvaire et La Passion du Christ selon Mel Gibson, même combat? Désolé, les gars, mais apprenez d'abord à aimer vous-mêmes avant de nous infliger votre dégoût de l'humain dans des films qui ne cherchent plus qu'à surenchérir dans le glauque crapoteux!

Calvaire, de Fabrice du Welz (France/Belgique/Luxembourg 2004), avec Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon, Brigitte Lahaie, Jo Prestia.