La guerre est un théâtre mortel qui peut se jouer partout. No Man's Land n'appartient pas pour rien à son vocabulaire. Celle de Virgin Red a lieu à New York, dans le Brooklyn Navy Yard, une installation militaire désaffectée. C'est là qu'Edouard Gétaz a tourné le court métrage de neuf minutes que les spectateurs de Cinéma Tout Ecran verront jeudi soir à Genève. Le cadre de sa fiction documentaire pourrait être l'Irak s'il n'y avait pas des inscriptions cyrilliques sur des panneaux, et si un protagoniste ne parlait pas farsi.

Le lieu est abstrait, métallique. L'action glaçante. Une patrouille qui tourne au meurtre, sous l'œil d'un sniper. Ce qu'il y avait avant: la peur. Ce qu'il y aura après: des vies brisées.

Après trois travaux d'étudiant, Virgin Redest le premier essai cinématographique de ce Vaudois installé depuis deux ans à New York pour organiser dans sa vie une rupture délibérée. Car Edouard Gétaz était sur une autre trajectoire. Percussionniste depuis l'adolescence, il a roulé sa bosse au début des années 90 dans l'organisation Up With People, après avoir fondé, avec son frère Emmanuel, le Festival de jazz de Cully. Sa passion musicale l'a aussi conduit à Montreux, chez Claude Nobs, et il conserve de ses années dans la gestion du spectacle un contrat assez exotique, vu de New York: il doit vendre à l'Amérique touristique, et ailleurs, le château de Chillon.

C'est pendant la Convention républicaine de l'automne 2004 à New York, raconte Gétaz, que l'idée du film lui est venue. Une partie de la ville était presque en état de siège. La lecture de Week-end Warrior, le journal d'Irak d'un Britannique, Kevin Mervin, lui a permis au même moment de sentir et de toucher la vraie guerre. Il est allé à Londres discuter avec ce soldat qui est devenu pour le film son conseiller militaire. Gétaz avait également fait la connaissance à New York d'une jeune femme dont deux des frères étaient déployés en Irak. L'un d'eux a connu plus tard le même sort que le personnage principal de Virgin Red: grièvement blessé par un sniper.

Le court film, qui a déjà été présenté à un public européen, a été perçu comme une sorte de manifeste contre la guerre. «Or ce n'était pas mon propos, explique Edouard Gétaz. Je cherchais à décrire ce qu'est la guerre, dans la nudité de ses enchaînements et de ses effets, sans prendre parti.» Virgin Red s'ouvre par une allusion fugitive à Apocalypse Now, et la fin rappelle celle de Million Dollar Baby. Le Vaudois, qui vient de terminer ses études de cinéma à la New York University, connaît ses classiques.

Aujourd'hui, Edouard Gétaz a commencé de développer le projet d'un film commercial inspiré d'un incident qui a bouleversé la vie des Ateliers mécaniques de Vevey, il y a une vingtaine d'années, au moment où l'entreprise était contrôlée par le financier Werner K. Rey. Histoire vraie. Un cadre des Ateliers avait été enlevé par un groupe de guérilla en Colombie. L'un des directeurs de Vevey s'était mis en tête d'obtenir lui-même la libération de son employé. Le scénario du film, qui est en cours d'écriture par l'Américain John Morning, est le récit de cette recherche obscure dans les réseaux opaques d'une organisation clandestine. Tournage dans deux ou trois ans. Entre-temps, Gétaz prépare un autre petit film sur la résurrection de Sigmund Freud, à New York, dans un club de débauche. Autre guerre.

Virgin Red, d'Edouard Gétaz (Suisse 2006). Jeudi 2 octobre, 19h15, Rialto-Cornavin, Genève.