Fiction suisse d'une certaine ambition, L'Autre moitié de Rolando Colla (né à Schaffhouse en 1957, déjà auteur de Le Monde à l'envers et Oltre il confine) rappelle malheureusement que les meilleures intentions ne font pas encore les bons films. Tout semblait pourtant bien emmanché, avec une histoire de deux frères algériens qui se retrouvent sur fond de magouilles pour survivre et de terrorisme islamique.

Hamid, la quarantaine, est transporteur pour un réseau clandestin de transfert de fonds entre Genève et Bruxelles, où il vit avec sa compagne. Un jour, il reçoit un appel d'un homme qui prétend être son frère cadet Lounès. Comme il n'a pas vu ce dernier depuis 35 ans, suite à la séparation de leurs parents, Hamid se méfie. Mais en apprenant que leur mère est mourante, il se rend à Neuchâtel. Mal lui en prend, car la police le tient à l'œil tandis que Lounès pourrait ne pas avoir tout dit...

Intrigué par deux magnifiques plans aériens, on est prêt au voyage. Malheureusement, le cinéaste ne tarde pas à en rajouter dans les ambiances cafardeuses avant de s'égarer dans un semblant de triangle amoureux et de finir par une dénonciation un peu facile des méthodes policières. Bref, c'est à la fois trop et pas assez. Le spectre du téléfilm de série plane, et malgré la belle photo de Peter Indergand, les austères paysages jurassiens (berceau des meilleures fictions suisses récentes) et d'excellents comédiens (primés au Festival d'Amiens), on décroche doucement. Reste la tentative louable d'un film d'ici qui travaille sans simplisme l'actuelle fracture Orient/Occident.

L'Autre moitié, de Rolando Colla (Suisse/Belgique 2008), avec Abel Jafri, Kader Boukhanef, Nade Dieu, Roberto Bestazzoni, Martine Godard, Jaoued Deggouj. 1h30