Cela sentait mauvais dès le refus puéril de montrer le film à certains de nos confrères français (Le Monde, Les Inrocks, etc.). Prétexte: ne gâchez pas son plaisir au bon peuple qui, lui, aime Chatiliez, Lemercier et rigoler au cinéma. Le problème, c'est que de toute façon, personne ne rigolera beaucoup, la comédie étant musicale. Sur une satire sociale? Cherchez l'erreur...

Le sujet est pourtant plutôt malin. Brillante directrice du marketing d'une ligne de cosmétiques, Agathe Cléry n'est guère appréciée de ses collègues, qui la trouvent hautaine et la devinent raciste. Tout bascule le jour où, suite à des remarques sur son «bronzage», elle découvre être atteinte de la rarissime maladie d'Addison, qui fait foncer la peau. Commence alors pour Agathe un long apprentissage qui la verra perdre tout ce qui lui était le plus cher mais aussi s'ouvrir les portes d'une nouvelle vie...

Horizon publicitaire

Un bon vieux «film à message» (antiraciste bon teint) en forme de comédie musicale? On ne saurait nier à Etienne Chatiliez un relatif goût du risque. Encore faut-il pouvoir se montrer à la hauteur de ses ambitions. Mais l'auteur de La Vie est un long fleuve tranquille, Le Bonheur est dans le pré et Tanguy restera à jamais un cinéaste à horizon strictement publicitaire. D'où une dramatique incapacité à dépasser les clichés autogénérés par son «pitch» de départ.

Son héroïne raciste deviendra donc noire, perdra son mari veule et son job surfait avant d'intégrer une boîte qui n'engage que des non-Blancs et de tomber amoureuse de son patron... noir. Malgré l'ironie de la situation, tout ceci prête à peine à sourire et ne dépasse jamais la critique bien-pensante façon Devine qui vient dîner ce soir (Stanley Kramer, 1967), comme par hasard cité.

Quant à l'aspect musical, il a vite fait de plafonner à force de chorégraphies de groupe répétitives et de musique (Matthew Herbert-Bruno Coulais) peu inspirée. Reste le problème Valérie Lemercier, comédienne douée mais depuis quelque temps handicapée par son souci de paraître gracieuse et sexy malgré un visage ingrat. A son image, trop contrôlée, Agathe Cléry hésite entre satire facile et romance forcée, jusqu'à manquer toutes ses cibles! Avec Dieudonné à la place du Canadien Anthony Kavanagh, peut-être que l'idée aurait vraiment fait des étincelles...

Agathe Cléry, d'Etienne Chatiliez (France 2008), avec Valérie Lemercier, Anthony Kavanagh, Isabelle Nanty, Artus de Penguern, Jacques Boudet, Jean Rochefort. 1h51.