Le cinéma du mercredi. Harry Potter a une sœur, elle s'appelle Kiki

Après «Pompoko», un autre dessin animé d'Hayao Miyazaki ressort: «Kiki la petite sorcière».

Harry Potter n'était pas encore né quand Kiki, sa petite collègue des antipodes, a envahi les écrans nippons. C'était en 1989. Comme lui, elle était assez grande pour être envoyée à l'école des sorciers. Comme lui, elle allait y vivre des aventures inquiétantes. Comme lui, elle avait un goût immodéré pour les acrobaties en balai volant. Kiki la petite sorcière, modèle inavoué du phénomène à lunettes signé J.K. Rowling? Qu'importe: sur le fond comme sur la forme (Kiki est un dessin animé), les deux œuvres diffèrent. Chez Hayao Miyazaki, roi de l'animation japonaise, l'apprentissage de la vie prend des chemins qui passent par des jardins plus délicats.

Tout comme dans ses autres films, il ne fait aucun doute que Miyazaki, roi de l'empire du dessin animé Ghibli, a été, dans une autre vie, une petite fille espiègle, gaie, solitaire, fonceuse. Sinon, comment saurait-il imaginer avec tant de fantaisie les rêves qui traversent l'esprit de toutes ses héroïnes, de Nausicaa à Mononoké, en passant par Chihiro, prénoms-titres de ses films les plus célèbres. Kiki est, de même, infiniment plus nuancée que Potter. Pour elle, pas d'école des sorciers, mais un apprentissage à la dure: les novices du chapeau pointu doivent choisir une ville et conquérir le cœur de leurs habitants méfiants. La magie n'a donc pas le poids attendu et, très vite, la gentillesse, la modestie, le savoir-vivre s'avèrent les clés de la maturité.

La ville que choisit Kiki est européenne. Allemande, peut-être autrichienne. Pourquoi pas Berne ou même Zurich? Car si le grisonnant et jovial Hayao Miyazaki a été une petite effrontée, ce fut sans doute en Europe, au début de la révolution industrielle et de la conquête des airs (le cinéaste caresse un rêve d'Icare dans sa folie pour l'aviation). Dans la foule esbaudie et naïve qui mènera à la mêlée sociale du XXIe siècle, Kiki n'apprend pas seulement à pratiquer ses talents: il s'agit pour elle, surtout, de se distinguer, de gagner son indépendance et d'être acceptée ainsi. Sinon, tant pis pour les autres: elle pourra toujours aller vivre seule dans un cabanon forestier. Les lois de la gravité et de l'attraction vers les masses lourdes, y compris celles qui attendent le prochain Harry Potter comme le Graal, n'ont aucun sens dans l'univers de Miyazaki: chez lui, tout est légèreté, fluidité, équilibre précieux entre le graphique et les sens, rêverie. Le contraire de l'agression.

Mais pourquoi Kiki revient faire coucou aux enfants comme aux adultes dix-sept ans après sa création? Parce que le distributeur suisse Frénétic, à Zurich, a racheté une partie du catalogue Ghibli et entend, ainsi de Pompoko le mois dernier, les ressusciter sur grand écran à raison d'un bijou, chaque mois, jusqu'à la fin de l'année. Magique.

Kiki la petite sorcière (Majo No Takkyubin), dessin animé d'Hayao Miyazaki (Japon 1989). 1h42.

Publicité