Le cinéma a encore des tabous. Il faut croire qu'une femme de cinquante ans, riche, divorcée et qui se paie les services de jeunes hommes pour trouver un peu de plaisir - comme c'est le cas dans Cliente - choque encore. C'est en tout cas ce dont s'est rendu compte Josiane Balasko après qu'aucun producteur n'eut voulu de son scénario. La comédienne en est pourtant à son septième film en tant que réalisatrice (L'Ex-femme de ma vie, Gazon maudit). Elle a donc décidé d'en faire un livre, devenu aujourd'hui un best-seller, et ce n'est qu'alors que les portes de la production se sont ouvertes. Cliente n'est pas un film choquant, il traite de sujets délicats comme l'amour tarifé et la prostitution masculine. Judith (Nathalie Baye) est donc une femme qui se sent seule. Elle paie pour le sexe car «elle a suffisamment payé pour le reste». L'un de ses réguliers, c'est Patrick (Eric Caravaca, vu dans La Raison du plus faible), un homme marié, gentil, qui se prostitue en secret pour payer le salon de coiffure de sa femme-enfant (Isabelle Carré, toujours aussi surprenante).

Mise en scène soignée

Josiane Balasko, sans révolutionner pour autant la comédie dramatique, égratigne avec justesse la morale de chacun. Même l'épouse, lorsqu'elle apprend la vérité, se transforme malgré elle en maquerelle. Dans Cliente, chacun essaie d'y trouver son compte. Chacun, et c'est compréhensible, part en quête de son petit bonheur, qu'il faille payer ou non. Au final, seule la sœur de Judith, interprétée par la réalisatrice, s'en sort plutôt bien alors que personne n'aurait misé sur elle (son amant est d'ailleurs son mari à la ville). Un sujet qui interpelle servi par une mise en scène soignée et un casting remarquablement dirigé. Balasko touche juste, ni plus ni moins.

Cliente, de Josiane Balasko (France, 2008), avec Nathalie Baye, Eric Caravaca, Isabelle Carré, Josiane Balasko, Catherine Hiegel, Marilou Berry, Félicité Wouassi, George Aguilar. 1h45.