Qu'y a-t-il après la souffrance extrême, au bout de la violence ultime? Sur fond de pseudo-quête d'une obscure secte, le Français Pascal Laugier livre une indigeste réflexion sur la nature du martyre: 1h40 de violence pure et de torture vomitive censées faire accéder le spectateur à une cognition métaphysique salvatrice! Certains y verront un discours philosophique qui ne peut que passer par la violence. Ce serait accorder beaucoup trop de crédit à ce film scandaleusement prétentieux qui, sous couvert d'une révélation finale théâtrale, surenchérit dans le gore et le sadomasochisme. Ecœurant, aux sens propre et figuré, Martyrs joue plusieurs cartes successives: la vengeance froide, la schizophrénie, l'acceptation de la souffrance pour témoigner de sa foi et la sublimation de soi par la cruauté.

Par un beau dimanche matin, une famille entière se fait trucider par une jeune femme, Lucie, (Mylène Jampanoi, Les Filles du botaniste) venue se venger des parents qui l'avaient torturée, elle et d'autres jeunes filles, quelques années auparavant. Mais Lucie n'est pas la seule psychopathe dans les environs...

S'il avait bénéficié d'un scénario plus poussé (une bande de riches retraités veut savoir ce qu'il y a après la mort), le film de Pascal Laugier (qui a déjà tâté de l'horreur dans Saint-Ange, un inédit avec Lou Doillon et Virgine Ledoyen) aurait pu se doter d'atours punk-baroques, avec un zeste de Dario Argento ou de David Cronenberg, dont il se réclame. Au lieu de cela, Laugier plonge dans la violence gratuite qu'il se refusait à faire, et c'est en colère que l'on sort de la projection du film. Malgré une mise en scène au départ franche et minimaliste et un casting qui se donne pleinement à la caméra, le «propos» n'en reste pas moins affligeant de banalité.

Martyrs, de Pascal Laugier (France, 2007) avec Mylène Jampanoi, Morjana Alaoui, Catherine Béguin, Patricia Tulasne, Robert Toupin, Jessie Pham, Erika Scott. 1h47