Même si Hugh Jackman et Scarlett Johansson sortent tout juste de Scoop de Woody Allen, les films sur la magie restent excessivement rares. Raison de plus pour s'intéresser à ce Prestige tiré d'un roman éponyme de Christopher Priest paru en 1995. Il y est question de la rivalité sans merci entre deux magiciens dans la Londres victorienne de 1900. Un sujet magnifique, avec lequel Christopher Nolan (Memento, Insomnia, Batman Begins) confirme ses qualités et ses limites, en réussissant un beau divertissement.

Introduit par la savoureuse narration de Michael Caine (clin d'œil au Limier de Mankiewicz?), le film est construit de manière typiquement non linéaire et déroutante. En prison pour le meurtre de Robert Angier (Hugh Jackman), Alfred Borden (Christian Bale) reçoit le journal de ce dernier et se met à le lire. Il s'ensuit une série de flash-back en cascade où l'on découvre l'origine de leur rivalité (un accident qui a coûté la vie de la femme d'Angier), alors qu'ils n'étaient qu'apprentis. Plus tard, Angier tentera par tous les moyens de percer à jour un tour à succès de Borden appelé «L'homme transporté», sacrifiant au passage sa nouvelle assistante et compagne. Son obsession de revanche l'amènera jusque dans les montagnes du Colorado, où l'inventeur d'origine croate Nikola Tesla (David Bowie) a mis au point une étrange machine...

Illusions communes à la magie et au cinéma, vases communicants de la vie et de l'art, usage de doubles et doubles rôles pour les acteurs, intrusion de la science et des effets spéciaux: tout y passe, juste un peu trop superficiellement pour qu'on s'y attarde, jusqu'à un troisième acte (le «prestige» du titre) tiré par les cheveux. A défaut d'émotion, le spectateur aura au moins constaté un curieux transfert d'identification, qui équivaut presque à un dédoublement. Grand amateur de cet art réputé mineur, Orson Welles aurait sans doute apprécié.

Le Prestige (The Prestige) de Christopher Nolan (USA/GB 2006), avec Hugh Jackman, Christian Bale, Michael Caine, Scarlett Johansson, Rebecca Hall, David Bowie, Andy Serkis, Piper Perabo. 2h08