Rayon prétention, le Français Christophe Honoré (36 ans) en connaît lui aussi un bout depuis son laborieux Ma mère (2004) d'après Georges Bataille. Mais le jeune écrivain, scénariste et cinéaste, chouchou du tout-Paris, a heureusement su repartir sur d'autres bases avec Dans Paris. Un film pour le coup réellement séduisant, qui sait faire coïncider liberté et révérence dans une forme satisfaisante, porté par des comédiens qu'on prend plaisir à suivre.

Jonathan, dit Jo, (Louis Garrel, fils de Philippe) et Paul (Romain Duris) sont deux frères on ne peut plus dissemblables. Tandis que le premier joue les narrateurs et papillonne à travers la ville, le second déprime suite à un échec douloureux et reste enfermé entre quatre murs. Hébergés tous deux par leur vieux père (Guy Marchand), parviendront-ils à s'équilibrer?

Si le prétexte peut sembler mince, la réussite de ce petit film n'en est que plus impressionnante. Oui, le cinéma, cela peut aussi être cela: juste un peu de grâce et d'intelligence à partir d'une opposition apparemment simple, juste un plaisir palpable de filmer des corps et des lieux, loin des scénarios «béton» que demandent généralement producteurs et commissions. Mais encore faut-il que cette légèreté soit ancrée dans une matière et dans un regard qui accrochent vraiment le spectateur.

Le fonds que retravaille de film, c'est tout simplement l'héritage de la Nouvelle Vague, Truffaut et Godard, mais aussi Rivette, Demy et Chabrol, revisités à la lumière plus sombre du monde d'aujourd'hui. Les rapports hommes-femmes seraient-ils devenus plus complexes? La tentation du repli et du suicide, plus présente? Simple affaire de désir, d'âge et d'expérience, en un mot, de point de vue, semble répondre ce film. On a envie de le croire.

Dans Paris, de Christophe Honoré, (France/Portugal 2006), avec Romain Duris, Louis Garrel, Guy Marchand, Marie-France Pisier, Joana Preiss, Alice Butaud. 1h32