Si Guy Ritchie aura raté son mariage (avec Madonna) et ses deux derniers longs métrages (le bien nommé A la dérive et le prétentieux Revolver), il aura au moins réussi en partie son nouveau film Rock'n'Rolla. Pour éviter le naufrage, le réalisateur britannique a préféré ne prendre aucun risque en revenant à ses premières amours et en se contentant de (re)faire ce qu'il sait bien faire - et qu'il fait plutôt bien, soit un film de gangster choral, à la façon de Snatch et Arnaque, crimes et botanique, en 2000 et en 1998. C'est-à-dire des images saturées, des ralentis tarantinesques, de la violence, et bien entendu, du rock'n'roll, du trash, du lourd.

Mi-gothique, mi-british

Le Rock'n'Rolla, d'ailleurs, du nom de ces rockeurs-nés, damnés et camés jusqu'à la moelle, qui vivent de bastons et d'alcool et dont la philosophie de vie pourrait se traduire par un simple mais puissant «fuck». Ici, c'est Johnny Quid (Toby Kebbell) qui s'y colle. Un rockeur encore plus trash que Pete Doherty et certainement plus violent. Johnny Quid est le dénominateur commun à plusieurs histoires qui finiront toutes par s'entrecroiser, selon la formule désormais éprouvée par les Ocean's Eleven et autres Braquage à l'anglaise, à l'italienne, etc. Etrangement, on ne s'y perd pas vraiment.

Parmi ces histoires, on retrouve celle de Lenny (excellent Tom Wilkinson, dont on ne présente plus les quarante films, de Full Monty à Le Rêve de Cassandre), caïd londonien de la vieille école. Lenny contrôle toute la ville. Mais voilà que débarquent sur un marché de la construction corrompu les mafieux russes, dont le plus moderne mais non moins impitoyable Uri (le Tchèque Karel Roden, sempiternel méchant venu de l'Est, de 15 minutes avec Robert de Niro en 2001 à Largo Winch, le 17 décembre sur nos écrans).

Et au milieu, un groupe de petites frappes menées par One Two (Gerard Butler, le roi Léonidas de 300, parfait dans le rôle) et une comptable «créative» (la perle noire Thandie Newton).

Une galerie de «gueules»

C'est cette galerie de portraits, essentiellement, qui donne au film toute sa saveur. Leur accent, tout d'abord. Londonien à couper au couteau. Inimitable. Leur gueule, ensuite. Des gueules comme le cinéma les aime, carrées, écorchées, mal rasées. Un casting irréprochable plongé dans une esthétique trash-chic, la recette, Guy Ritchie la connaît bien. Rock'n'Rolla serait même le premier volet d'une trilogie.

A condition de ne pas se lasser de ces petits jeux largement fantasmés qui fondent aujourd'hui la «cool attitude».

Rock'n'Rolla, de Guy Ritchie (Grande-Bretagne, 2008) avec Gerard Butler, Tom Wilkinson, Mark Strong, Thandie Newton, Tom Hardy, Toby Kebbell, Chris Ludacris Bridges, Jeremy Piven, Karel Roden, Idris Elba, Jimi Mistry, Gemma Arterton. 1h54.