The Secret Life of Words arrive précédé d'une solide réputation: une sélection à Venise, quatre Goyas (les Oscars espagnols) dont celui des meilleurs film, réalisateur et scénario. Surtout, la présence des Américains Tim Robbins et Sarah Polley au générique accréditent une valeur philosophique et politique que le titre laisse deviner. Las! Ce titre pompeux n'anticipe guère que l'extrême prétention auteuriste d'un récit qui tangue comme son décor principal: une plateforme pétrolière qui s'enfonce inexorablement dans les flots. Bonjour la métaphore.

Revenue d'une expérience américaine à moitié convaincante voire oubliée (Ma Vie sans moi), Isabel Coixet, protégée de Pedro Almodovar, évoque aujourd'hui la rencontre entre une infirmière solitaire qui tente d'oublier son passé et un ouvrier qui a temporairement perdu la vue. Dans ce confinement perdu au milieu de l'océan, rien n'est épargné des clichés habituels: méfiance, insultes, larmes, compréhension réciproque, puis amour sincère. Deux singularités auraient pu sauver le projet du naufrage: l'arrière-fond (la guerre en Bosnie) et la tristesse des survivants (traduites par des images contemplatives). Mais l'une comme l'autre apparaissent surtout comme des alibis, des gadgets à disposition d'une cinéaste qui dirige ses acteurs comme les enfants gâtés maltraitent leurs poupées. La générosité et la sincérité sont malheureusement des concepts et des mots qui ont été mis au secret en cours de projet.

The Secret Life of Words, d'Isabel Coixet (USA, Espagne 2005), avec Sarah Polley, Tim Robbins, Javier Camara. 1h52.