En plus de Gus Van Sant et de Larry Clark, les deux fameux spécialistes de l'adolescence trash et douloureuse, il faudra désormais compter avec Catherine Hardwicke. Auteure de Thirteen sorti l'an passé, la cinéaste américaine, pur produit texan, aborde dans Lords of Dogtown l'histoire véridique de trois jeunes californiens à l'origine de l'essor du skateboard.

Nous sommes au début des années 70. Stacy Peralta (John Robinson découvert dans Elephant), Tony Alva et Jay Adams font partie d'une bande de teenagers mal léchés qui, pour la première fois, transposent les plus spectaculaires mouvements du surf sur le béton. Ces seigneurs du bitume ont pour royaume les rues de Dogtown, un quartier de Venice en Californie.

En peu de temps, les Z-Boys, nom de guerre, deviennent des légendes dont s'emparent l'institution sportive, le marketing et la publicité. Cette gloire soudaine, alliée à l'attitude rock'n'roll de l'époque, brisera l'élan des uns, alors que d'autres, feront fructifier cette folle épopée.

Raconté à la première personne – c'est Sean Penn qui s'y colle dans la version originale –, Lords of Dogtown a été écrit par Stacy Peralta lui-même. Avant d'hésiter à en confier la réalisation à David Fincher (Seven, Fight Club). Pour finir, celui-ci s'est fait producteur et a nommé aux commandes Catherine Hardwicke, vielle amie de Stacy Peralta.

Son sens du mouvement et la proximité qu'elle entretient avec ses personnages font la force du film. Au-delà du simple clip vidéo, Lords of Dogtown se veut une plongée en semi-fonds dans les mœurs familiales et sociales des quartiers populaires de la Californie des seventies. On y voit des gosses livrés à eux-mêmes, des émigrés latinos déconsidérés, des parents largement paumés: comme Kim Basinger dans 8 Mile, l'ancien sex symbol Rebecca De Mornay signe ici son come-back en junkie, mère de l'un des trois héros.

Pour autant, le regard de Catherine Hardwicke sur cette adolescence demeure froid, par trop «viril». Il lui manque l'agacement, la tendresse, le désir même qui donnent tant de poids aux personnages chez Gus Van Sant et de Larry Clark et offrent à la peinture qu'ils en font une importance capitale.

Lords of Dogtown, de Catherine Hardwicke (USA – 2005), avec John Robinson, Emile Hirsch, Rebecca De Mornay, William Mapother.