Il existe, depuis fort fort longtemps, cette règle tacite entre les cinémas et les spectateurs: si, durant les quinze premières minutes de projection, le film ne plaît pas, le billet est remboursé ou, plus souvent, échangé contre une invitation pour une autre séance. Même de grands groupes à multiplexes y ont souscrit, à condition que le client prétende simplement s'être trompé de salle, par exemple, étant acquis que le client choisit un film en connaissance de cause, sans quoi tous les aventuriers du fast-food revendiqueraient le remboursement du repas après une morce seulement. Cette règle, puisqu'elle est tacite et remonte sans doute à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, n'est écrite nulle part. D'ailleurs, aucun des exploitants à qui nous avons parlé n'est assez fou pour se risquer à la valider.

Plus laid que «Les Bronzés 3»

Grâce à L'Auberge rouge, il est aujourd'hui possible d'en vérifier l'existence. Le remake du classique de Claude Autant-Lara par Gérard Krawczyk (Taxi 2, 3 et 4, Fanfan La Tulipe) est le pire film de l'année. Toutes catégories confondues (oui, porno compris): plus laid et vulgaire que Les Bronzés 3, pire que tout ce que Christian Clavier, Josiane Balasko, Gérard Jugnot ont osé jusque-là. Pourtant, il faut absolument s'y rendre. Il faut tout planter, annuler les rendez-vous, remettre le shopping de Noël à demain et y courir. Pourquoi? Parce que Nicolas Sarkozy a publiquement expliqué que le nouveau méfait de son ami Clavier est le type de cinéma dont il rêve pour la France de 2007? Non! Parce que L'Auberge rouge est précédé d'un court métrage comme on n'en voit pas tous les jours: Sainte Barbe, la nouvelle perle de Cédric Louis et Claude Barras. Ils ne sont pas inconnus: heureux compères, ils avaient déjà décroché une sélection officielle à Cannes en 2005 avec, sous étendard suisse, l'inoubliable Banquise.

8 petites grandes minutes

Histoire d'un petit garçon confronté à la mort de son grand-père barbu, Sainte Barbe n'est plus, comme Banquise, un dessin animé en deux dimensions: tourné dans un hangar du Flon, à Lausanne, il s'agit d'un film d'animation avec marionnettes. Une production suisso-canadienne qui renferme, en 8 petites mais grandes minutes, davantage de poésie, d'émotion, d'humour et de talent que l'heure et demie flatulente de L'Auberge rouge. Et tandis qu'il faudrait une bonne poignée de vies à Krawczyk ou Clavier pour atteindre un jour la grâce de Sainte Barbe, un gros regret pointe: que ce formidable court métrage n'ait pas plutôt précédé Sweeney Todd, The Demon Barber of Fleet Street, le prochain Tim Burton avec Johnny Depp. C'eût été rendre justice à Cédric Louis et Claude Barras, à la fois héritiers directs de Burton et auteurs singuliers décidément à suivre. Rendre justice au public aussi, pour une séance où il n'y aurait rien eu à rembourser.

Sainte Barbe, de Cédric Louis et Claude Barras (Suisse, Canada 2007). 8 minutes. Suivi de L'Auberge rouge, de Gérard Krawczyk (France 2006), avec Christian Clavier, Josiane Balasko, Gérard Jugnot. 1h30