A mi-chemin entre l'esthétique des Carnets de voyagede Walter Salles sur le Che et à peu près toute l'œuvre de Ken Loach (Le vent se lève, Carla's song) Les Toilettes du pape constitue une truculente comédie qui puise sa force dans la satire sociale et la générosité de ses personnages. Le film débute sur de grandes étendues vertes courant sous un ciel bleu et infini, aux confins de l'Uruguay, du Brésil et de l'Argentine. Un groupe d'hommes pédale, fuyant un douanier que l'on soupçonne d'emblée de corruption. Des contrebandiers réduits à passer en douce des vivres pour leur famille. Ils viennent de Mélo, petit village uruguayen dont est originaire Enrique Fernandes (qui signe aussi le scénario) et qui s'apprête à recevoir la visite du pape Jean Paul II. Nous sommes en 1988. Un vent d'espoir (financier) souffle sur le village où l'on s'improvise vendeur de saucisses, de souvenirs. Béto (César Troncosco, seul comédien professionnel du film avec son épouse à l'écran), lui, décide de construire des toilettes payantes pour les milliers de pèlerins que l'on annonce. Les politiques ne s'occupent pas d'eux, les douaniers les rackettent: qu'importe. Les habitants de Mélo sont bien décidés à s'en sortir seuls.

Drôle et généreux

Ici, point de misérabilisme. Le scénario des Toilettes du pape (El baño del Papa) puise dans ses histoires cocasses et touchantes une satire sociale truffée d'humour et baignée de tendresse. Les personnages sont joués pour la plupart par des habitants du village. D'où une générosité à fleur de peau et une bonne humeur qui transpirent à l'écran. Enrique Fernandes et Cesar Charlone jouent la carte de l'authenticité. C'est la pauvreté qui est ici photographiée par Cesar Charlone (fidèle chef opérateur de Fernando Meirelles, nommé aux Oscars pour l'image de La Cité de Dieu et directeur de la photographie de Blindness, présenté par Meirelles au Festival de Cannes). Une pauvreté assumée avec force et courage par des gens gais, sympathiques et unis. Il faut voir les scènes de beuverie où Béto insulte ses amis qui pourtant le soutiennent pour ne pas qu'il tombe. Ou ces courses-poursuites à vélo où chacun supporte l'autre. Tous ces ingrédients font des Toilettes du pape une fable sociale drôle et généreuse.

Cette drolatique histoire de saint-siège béni finit de prouver, après 25 Watts et Whisky de Pablo Stoll et Juan Pablo Rebella, un autre duo uruguayen aujourd'hui disparu depuis la mort de Rebella, l'humour et la force du cinéma uruguayen. Un cinéma du juste, tendre, fin et satirique. Doublé d'une image à couper le souffle, Les Toilettes du pape est assurément une belle découverte.

Les Toilettes du pape (El baño del Papa)de Enrique Fernandes et Cesar Charlone (Uruguay, 2007), avec César Troncoso, Virginia Ruíz, Virginia Méndez, Mario Silva, José Arce, Henry de Leon. 1h35