Le coup de téléphone désespéré d'une amie de Louisiane, une historique paroisse menacée de fermeture par le diocèse, un célèbre prêtre élevé au rang de sauveur, une situation sociale et économique désastreuse. Six mois après le passage de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans, le 9 août 2005, Peter Entell (Rolling, Le Tube, Josh's Trees) tient là le sombre sujet de son nouveau documentaire. D'origine américaine, le Suisse se retrouve happé par le tourbillon d'une catastrophe aux conséquences multiples. D'un drame local - la fermeture de l'église St-Augustin et la mise à l'écart du Père Jerome LeDoux - le cinéaste tire une histoire universelle teintée de tragédie sociale, économique et politique.

La foi et le désarroi parsèment Shake the devil off. Ses protagonistes souffrent pour la plupart d'avoir perdu des membres de leur famille, leur travail, leur maison. L'église Saint-Augustin est pour eux un symbole fort. Construite en 1841, elle a été la première à accueillir des esclaves, à réunir Afro-Américains et Blancs côte à côte. Elle représente aussi le berceau du jazz. Pendant deux semaines, Peter Entell suit la lutte de ces gens pour sauver leur paroisse. Le soupçon d'une Eglise cupide aux allures de promoteur immobilier plane.

La force des croyants

Shake the devil off, du nom d'une chanson évoquant le diable que le Père LeDoux adresse à son diocèse, tente de comprendre pourquoi une entité religieuse, censément protectrice envers son prochain, l'abandonne dans les moments les plus durs. Vaste question (de gros sous, donc, mais pas seulement) à laquelle Entell répond parfois naïvement en omettant d'interroger ses détracteurs. On le sent littéralement séduit par le père LeDoux, emporté par la force des croyants, par la dénonciation de droits civiques toujours pas vraiment acquis. Mais sa caméra se contente trop souvent de se poser ici ou là, au gré des rencontres en oubliant de garder une certaine distance.

On découvre aussi au générique que des célébrités qu'on n'a pas forcément reconnues, comme le clan Marsalis, jazzmen réputés, ou le révérend Jesse Jackson, se sont investies dans la lutte. Un retentissement national à peine évoqué, ce qui contribue à laisser le spectateur sur sa faim. Au final, Peter Entell peine à dépasser son sujet, parfois aussi impénétrable que la voie de Dieu.

Shake the Devil off, documentaire de Peter Entell, avec le Père Jerome LeDoux (Suisse, 2007). 1h29.