Culture

Le cinéma du mercredi. Un «Jeune Homme» pour plaire

Le cinéma du mercredi. Christoph Schaub et Marcel Hoehn préfèrent la sitcom au théorème familial.

On parle beaucoup ces temps-ci d'un cinéma suisse «populaire» et «de qualité». Jeune Homme serait-il déjà l'oiseau rare? Sur le papier, les atouts ne manquent pas: un film bilingue entre Zurich et Genève, un vrai calcul de producteur, de bons acteurs français en renfort. Mais à l'arrivée, difficile d'échapper à une certaine désillusion. Sans être lamentable (style Achtung, fertig, Charlie!), cette comédie manque par trop de mordant pour faire figure de modèle.

La grande idée du producteur Marcel Hoehn (Les Faiseurs de Suisses)? A partir de l'existence de jeunes hommes au pair alémaniques en Suisse romande, extrapoler sur le fossé culturel et un cliché sexiste. Christoph Schaub (Stille Liebe, Sternenberg) s'y est apparemment attelé de bonne grâce, signant un petit film d'apprentissage pimenté de comique de situation.

Jeune Zurichois de 18 ans, Sebastian Zollweger s'émancipe des attentes familiales (intégrer au plus vite l'imprimerie paternelle) en annonçant son départ pour une année à Genève. Il y prendra des cours de français tout en se mettant au service d'une bonne famille, les Dumoulin. Mais il est loin d'imaginer les difficultés qui l'attendent, entre une patronne maniaque, son mari infidèle et leurs enfants gâtés. Seuls le bébé Mahaut et Elodie, la fille artiste d'un premier lit de Monsieur, le retiennent de craquer...

On voit d'ici les possibilités satiriques. Mais aussi le ton bon enfant imprimé à l'affaire. Bientôt, Sebastian se rend indispensable aux Dumoulin, assurant non seulement le ménage dans la villa et la garde des enfants, mais aussi la médiation entre les parents. Au passage, il découvrira le sexe (avec une voisine), l'amour (avec Elodie) et son talent de cuistot. L'inévitable happy end boucle le tout avec la réunion des deux familles.

Malgré la comédie, difficile de ne pas songer à Théorème de Pasolini (1968) et son jeune homme angélique venu révéler les névroses d'une grande famille bourgeoise. Il paraît que ce chef-d'œuvre fait rire le jeune public d'aujourd'hui, imperméable à son langage poétique. Le même public, habitué à des délires autrement outrés, rira-t-il des aventures de Sebastian?

Incapable de viser plus haut qu'un film gentillet, Schaub égratigne l'institution familiale pour mieux réintégrer son giron. Bien interprétées, les situations font quand même sourire, et l'amorce de critique d'une Suisse trop proprette, où seules comptent la sécurité et la réussite matérielle, va dans le bon sens. On chercherait pourtant en vain ici l'agréable impertinence de Bienvenue en Suisse de Léa Fazer ou la pertinence plus pointue du Garçon stupide de Lionel Baier. S'il fallait imaginer un avenir à ce Jeune Homme, ce serait plutôt décliné en forme de sitcom TV!

Jeune homme, de Christoph Schaub (Suisse 2005), avec Matthias Schoch, Jennifer Decker, Alexandra Vandernoot, Didier Flamand.

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