C'est un matin comme les autres. Un père prépare son fils tandis que la mère cherche ses clés de voiture. On se dit que cela va être une belle journée, et puis soudain, tout bascule. Des policiers font irruption, le café sur la table se renverse, la mère est arrêtée pour meurtre. En quelques plans, une séquence, une vie s'arrête, celle du bonheur et de la normalité, pour faire place à une autre, sombre, malheureuse, en prison.

Diane Kruger a les traits tirés, le teint blafard. La comédienne allemande joue avec authenticité cette mère qui perd tout à la fois, sa liberté, son mari et son fils, dans ce qui paraît être une erreur judiciaire. Elle prend perpète. Vincent Lindon incarne son mari. Un mari noyé de chagrin qui n'arrive même plus à assumer son rôle de père. Il est mal rasé, émouvant. Il va tout faire pour la libérer.

Mise en place de l'intrigue

Pour elle est un film qui prend son temps. Quitte à faire trépigner son spectateur dans sa première moitié. Son scénario s'applique à poser son intrigue, présenter ses protagonistes, brosser son univers. Il semble presque que Fred Cavayé, dont c'est ici le premier film, cherche encore son style, hésite à y aller franchement, à foncer tête baissée dans la forme du thriller à la française. Le réalisateur français, 40 ans, se sent parfois obligé d'expliquer en images certains faits qui vont de soi. Lorsque Vincent Lindon se rend compte que la seule façon pour sa famille de se retrouver est de faire évader sa belle de prison, on peine à le suivre dans une décision trop extraordinaire pour un type aussi ordinaire.

Une carrière à suivre

Ce serait sous-estimer trop vite un scénario béton, un cinéaste inventif et un acteur aussi sensible que Vincent Lindon. Habitué aux rôles d'hommes modernes, angoissés et fragiles, l'acteur français sublime M. Tout-le-monde en un héros ordinaire qui ferait tout par amour et qui fera tout «pour elle». Le rythme est soutenu, le suspense s'amplifie à mesure que notre héros glisse vers le point de non-retour. Jusqu'au dernier moment, l'issue n'est pas fatale.

Esquissé devant des premières scènes parfois tirées par les cheveux et dans lesquelles Lindon semble sorti de la série américaine Prison Break, le sourire fait place au plaisir, tant la mise en scène et la cadence de cette seconde partie font preuve d'audace dans un genre plutôt frileux dans l'Hexagone. Pour Elle ne se dégonfle pas et assume jusqu'au bout sa pudeur. Le tout baigné de la musique de Klaus Badelt, plus habitué aux productions hollywoodiennes que françaises. Un premier essai à saluer et une carrière à suivre de près.

Pour elle, de Fred Cavayé (France, 2008) avec Vincent Lindon, Diane Kruger, Lancelot Roch, Olivier Marchal, Hammou Graïa, Liliane Rovère, Olivier Perrier, Rémi Martin, Ivan Franek. 1h36.