Culture

Le cinéma du mercredi. Un «Témoin indésirable»

Le cinéaste suisse et colombien Juan José Lozano livre un document brut et instructif.

Quand on entend Colombie, on pense FARC et Ingrid Betancourt. En réalité, la pointe d'un iceberg. Un iceberg qui abrite une guerre interne bien plus large, impliquant narco-trafiquants, groupes militaires d'extrême droite, politiciens véreux et gouvernement.

Des paysans qui fuient des terres brûlées. Des «indigènes» qui se regroupent pour défendre leurs droits. Des paramilitaires qui menacent des civils. Rien que des scènes banales pour Hollman Morris, journaliste colombien indépendant, mais ahurissantes et méconnues pour le public européen.

Primé au festival Visions du Réel en avril dernier, Un témoin indésirable est un documentaire clairement engagé qui se donne les atours de son discours. Brut, immédiat, parfois imparfait, il suit caméra au poing le reporter Hollman Morris dans son émission de télévision Contravia, diffusée quand elle peut, souvent la nuit, au dernier moment. Morris y dénonce les conflits armés dont souffre son pays: les populations déplacées (qui placent la Colombie au deuxième rang mondial, juste derrière le Soudan), les menaces sur les journalistes, les pressions électorales, etc. Le reporter gêne, il est menacé de mort.

Une réalité révélée

Le réalisateur Suisse et Colombien Juan José Lozano emmène son spectateur dans une lutte méconnue de l'Europe. Parfois flou dans son montage, répétitif par moments, il se rattrape par la puissance de sa foi en la liberté d'expression et les droits de l'homme. Ses images ne visent qu'une chose: révéler au grand jour la réalité colombienne. Et, par là même, sans forcément le vouloir, remet en cause un modèle d'information occidental arrogant, sclérosé par le pouvoir économique, sacrifié sur l'autel du rendement. Simple, efficace et, plus qu'instructif, révélateur.

Témoin indésirable, documentaire de Juan José Lozano (2008, Suisse, France). 1h30.

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