Pas facile de passer à autre chose après une guerre, de se relever après un «nettoyage ethnique». On ne s'étonnera donc pas de voir ce nouveau film venu de Bosnie-Herzégovine remuer encore une fois des souvenirs douloureux. Premier opus d'Aida Bregic, 32 ans, Snijeg le fait pourtant d'une manière très différente des remarqués No Man's Land (Danis Tanovic, 2001), Gori Vatra (Pjer Zalica, 2003) ou Grbavica (Jasmila Zbanic, 2006). Plutôt que l'absurde féroce, la satire souriante ou la chronique réaliste, la jeune cinéaste a ici choisi le registre de la fable paisible. Une manière moins frappante de dire le deuil et la résilience, mais qui tranche après trop d'agitation balkanique.

Le récit se déroule en 1997, deux ans après les accords de Dayton. A Slavno, village perdu dans les collines, quelques femmes, enfants et anciens ont survécu, hantés par le souvenir des hommes disparus, dont les corps n'ont pas été retrouvés. Menées par la jeune Alma, les femmes tentent d'échapper à la misère en fabriquant des confitures. Un jour, un camionneur leur propose d'écouler leur marchandise en Allemagne, ravivant un peu d'espoir. Mais peu après débarquent des hommes d'affaires qui veulent acheter toute la région pour le compte d'une multinationale étrangère. Que choisir: attendre encore ou prendre l'argent et filer?

L'attente des femmes

Si ce dilemme peut évoquer un suspense, l'impression est trompeuse. A peine rythmé par un chapitrage journalier, le film commence par présenter les femmes dans leur quotidien, laissant filtrer les informations au compte-gouttes. La cinéaste se refuse à magnifier ces femmes et leur attente pour observer plutôt les caractères en présence et les tensions qui en découlent. Entre la sage Alma, qui supporte sans broncher sa belle-mère alitée, et la maussade Sabrina, qui ne rêve que de rejoindre un amant en Suède, il y a un monde, de même qu'entre leurs aînées, la pragmatique Nadija et l'amère Jasmina.

Mais que viennent donc faire là-dedans un rêve récurrent d'Alma et des touches fantastiques comme ce garçon traumatisé dont les cheveux poussent dans des accès de panique? Peu à peu, le réalisme laisse entrevoir des failles, la finesse quasi iranienne du trait cède la place à une sorte de «réalisme magique» plus épais. Et la fable de devenir transparente. Entre le sympathique routier bosniaque et le douteux intermédiaire serbe, on a vite compris lequel est digne de confiance, tandis que la neige annoncée servira bien sûr de révélateur pour une vérité trop longtemps cachée.

Prix de la Semaine de la critique à Cannes, Premières neiges avait déjà obtenu toutes les aides internationales qui comptent. Film inattaquable? Même si l'on adhère à son propos, pour la préservation d'une âme des lieux et contre les profiteurs de toutes sortes, on l'aurait quand même préféré plus allusif. Ou plus prenant.

Premières neiges (Snijeg/Snow), d'Aida Begic (Bosnie-Herzégovine/ Allemagne/France/Iran 2008), avec Zana Marjanovic, Jasna Ornela Berry, Jelena Kordic, Sadzida Setic, Vesna Masic, Jasmin Geljo. 1h40.