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Le cinéma muet fêté à Archipel

Le festival genevois, qui s’est ouvert vendredi soir, a drainé un public nombreux ce week-end

Le cinéma muet fêté à Archipel

Contemporain Le festival a drainé un public nombreux samedi soir

Archipel s’est ouvert ce week-end avec un foisonnement d’événements et de mini-concerts. Depuis trois jours, les visiteurs ont afflué à la Maison communale de Plainpalais et dans les autres lieux du festival genevois. Sous le titre «Alter Echo», le directeur, Marc Texier, explore les rapports entre l’image et le son.

Lors de la soirée inaugurale, le festival Archipel et l’HEMU ont signé une convention afin de renforcer leur collaboration. Quant au concert dirigé par William Blank à la tête du Lemanic Modern Ensemble (avec l’Ensemble Contemporain de l’HEMU en renfort), il présentait quatre compositeurs aux écritures pour le moins contrastées.

Spirit of Alberti du Français Bruno Mantovani détourne les «basses d’Alberti» omniprésentes dans la période classique (une formule d’accompagnement) sur un mode ludique. Une pièce habile, très bien ouvragée, mais un peu superficielle. La violoncelliste Martina Schucan s’emparait ensuite de… chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits… (Assonance V) de Michael Jarrell. Cette musique sombre, torturée, dégage une tension dramatique très intérieure. Tour à tour âpre et sensible, Martina Schucan traduit l’inquiétude de cette belle œuvre sur l’accompagnement tout en subtilités de William Blank.

Montage très musical

A l’inverse, Pera Berbangê (arpeggio ante lucem) du jeune compositeur turc Mithatcan Öcel frappe par sa suractivité. Cette pièce très volubile, logorrhée sonore hyper-virtuose, rappelle à certains égards Brian Ferneyhough. Il en résulte un effet de saturation, la forme n’étant pas suffisamment cadrée. Par comparaison, Les Chasseurs dans la neige d’après Bruegel de Hugues Dufourt paraît d’une extrême lisibilité. Même si l’on relève quelques imprécisions, le Lemanic Modern Ensemble et les étudiants de l’HEMU parviennent à en traduire les climats oppressants et imagés.

Samedi soir aux Cinémas du Grütli, Pierre Jodlowski faisait découvrir sa partition électronique (écrite il y a quinze ans) sur La Grève d’Eisenstein. A l’extraordinaire virtuosité du montage d’Eisenstein répond une musique qui cherche à animer la dramaturgie des images sans verser dans l’illustration pure. Par moments, Jodlowski fait dans la surenchère sonore et il y a quelques effets récurrents sur la longueur, mais on apprécie par ailleurs une fresque électronique qui a sa force et son pouvoir d’évocation à elle.

Avec de tout autres moyens, le compositeur allemand Helmut ­Oehring parvient à insuffler une tension dramatique – comme en sourdine – au magnifique film L’Aurore de Murnau. Aux images d’un caractère expressionniste répond une musique qui n’exagère jamais rien, mais suggère et déploie une tension latente, dans des teintes nocturnes, mêlant tendresse et ironie. Le pianiste et chef Jürg Henneberger, le Quatuor Sine Nomine et d’autres instrumentistes confèrent sa poésie à cette partition. On salue la performance de David Moss qui fait jaillir des sons distordus du fond de sa gorge – une sorte de murmure chanté.

Archipel, jusqu’au 29 mars . www.archipel.org

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