E n Pologne, le cinéma avait gagné sa liberté avec la fin du communisme, mais son nouveau défi est celui du financement. La situation est campée par des cinéastes et des producteurs polonais invités cette année aux Journées de Soleure, après le Québec et la Belgique.

Les Journées ont organisé des rencontres entre producteurs suisses et polonais, comme pour montrer une fois encore que les problèmes du cinéma, industrie presque globalisée, se retrouvent sous toutes les latitudes. Jeunes créateurs de la relève agités parce que se sentant mal à l'aise face aux structures officielles, interrogations croissantes autour du succès public et des moyens de l'atteindre, stratégies face au géant hollywoodien: les soucis sont symétriques. La Pologne y ajoute ses particularités. Ainsi, les anciens studios d'Etat ont été placés dans un système concurrentiel tout en restant la propriété de l'Etat: la prochaine étape sera leur privatisation. Avec 23 millions de billets vendus pour 38 millions d'habitants, le cinéma, dont les entrées à 4 euros se révèlent trop chères, est pour ainsi dire sinistré – en Suisse, il se vend 16 millions de billets pour 7 millions de résidents. En revanche, les films nationaux sont mieux goûtés, avec une part de marché de 10%, le double qu'en Suisse. Comme ailleurs, la polarisation s'accroît entre des productions visant d'emblée le grand public – parfois montées sans le soutien de l'Etat –, mais qui sont inexportables parce que trop régionalistes, et des créations confidentielles qui rayonnent, un peu, à l'étranger.

Une aide de 50 millions d'euros

Le pays se prépare aussi à quelques innovations majeures. Le gouvernement polonais se propose de taxer, à 2 et 3%, les chaînes de TV privées ainsi que les distributeurs de films, vidéos et DVD. Apport estimé pour la production nationale, si l'ensemble du paquet est accepté par le parlement: 50 millions d'euros sans compter les soutiens de la TV publique. De quoi faire rêver les Suisses, dont l'aide fédérale sera de 23 millions cette année. Enfin, la Pologne est plus avancée dans son intégration européenne, et pour cause: elle rejoint l'Union cette année, ce qui aura des conséquences aussi pour l'audiovisuel.

Au-dessus de ces mutations plane l'adversaire hollywoodien. Le réalisateur et producteur Krzysztof Zanussi, l'un des rares à pouvoir montrer ses films loin à la ronde (La Vie comme maladie mortelle sexuellement transmissible, 2000) l'aborde avec lucidité: «L'Europe n'a plus confiance en elle-même, elle est triste. Nous sommes plongés dans notre cynisme et ne sommes plus capables de produire de beaux rêves. Si l'Europe n'a pas une mythologie plus intéressante et positive à opposer à la mythologie américaine, nos subventions ne serviront bientôt plus qu'à prolonger notre agonie.»

Sélection de films polonais, sa 24 et di 25 janv. Rens. 032/625 80 80 ou www.journeesdesoleure.ch