Les responsables du Festival du film fantastique de Neuchâtel l’assurent, les trois films russes qu’ils présentent cette année, dans une section spéciale, ont de quoi «faire pâlir d’envie Hollywood». Sans doute, mais ce nouveau cinéma d’imaginaire russe, s’il se confirme, a ses particularités. Le festival présente Guardians, un film de superhéros, ainsi que Viking, sur un thème décidément populaire. Le projet se situe toutefois loin de la série de Michael Hirst. Ici, peu de mer, l’environnement est fait de bourgades mal fagotées sur la steppe, ainsi que de Kiev, la ville désirée.

L’histoire d’une conversion, entre autres

L’argument historique repose sur Vladimir, prince qui finira par se convertir au christianisme. L’intrigue générale et les relations entre les personnages se révèlent complexes pour le spectateur occidental – au reste, on se demande si les Russes comprennent tout. Qu’importe, avec ces Vikings, le réalisateur Andrey Kravchuk redouble d’efforts dans la violence, et pour une fois, c’est bienvenu. Les scènes d’assaut des bourgs fortifiés atteignent une brutalité rarement vue, et c’est ainsi la rudesse de ces temps qui est illustrée. Dans une lecture bien russe: les Vikings ont l’air de mercenaires façon gardes suisses. On les traite même de «commerçants», c’est dire le bas niveau auquel on les situe.


Au NIFFF cette année:


La surprise «Attraction»

Tout à ses clichés, le curieux pourrait craindre un délire nationaliste dans l’histoire d’invasion extraterrestre Attraction, et voilà la surprise. Le NIFFF a déjà présenté de récentes grosses productions russes, mais là, le record budgétaire est atteint, d’abord pour décrire le crash d’une station spatiale de non-Terriens dans une banlieue de Moscou. Mobilisation de l’armée et de tout ce que la nation compte de services de sécurité, ainsi que de scientifiques adéquats. La fille du colonel chargé de cette affaire va s’illustrer, parce que sa meilleure amie a été victime de la chute de la grande sphère.

Les soldats mécaniques des extraterrestres ressemblent à des calandres de Tesla à forme humanoïde, mais les envahisseurs, si tant est qu’ils envahissent le pays, ont une apparence humaine. Dès lors, il y aura l’ensemble de la palette, dont une amourette Terrienne-alien, une crise fille-papa, des défis technologiques… La Russie a son Independence Day.

Ici, l’armée ne sert à rien

Décrit avec des images de drones, le lieu du crash constitue une première surprise. Pas de place Rouge ou autre symbole national: les visiteurs ont l’idée saugrenue de s’écraser dans l’une des cités champignons soviétiques, aux immenses blocs de locatifs. Une Russie du petit peuple, même si le colonel y habite.

Au demeurant, dans cette histoire, hormis la démonstration de la solidité de ses véhicules, l’armée ne sert à rien. En 1996, Independence Day cirait les bottes des troupes américaines. Pour glorifier le cinéma russe désormais conquérant, le réalisateur d’Attraction, Fedor Bondarchuk, qui cumule cinéma et séries, choisit un propos presque détonnant par les temps qui courent, un pacifisme façon années 1970.

A l’heure de l’amourette contrastée Poutine-Trump, les forces audiovisuelles en présence se rapprochent. Attraction affirme la puissance russe avec originalité.


Festival du film fantastique de Neuchâtel. Jusqu’au samedi 8 juillet.