Cinéma et bonne chère s'invitent à l'Université de Lausanne, à l'occasion d'un cycle de débats-conférences qui débutera le 14 janvier prochain. Ce cours public (six soirées) intitulé L'Alimentation dans tous ses états sera le lieu, pour les participants, d'une réflexion portant sur des thèmes aussi variés que les déviances de l'alimentation moderne, les OGM et «La diète crétoise et le paradoxe français», sujet attractif qui marquera la clôture du cycle. Cerise sur cet alléchant programme, chacune de ces rencontres se verra illustrée par la projection d'un film choisi en partenariat par les membres du Ciné Club universitaire et de la section d'histoire et esthétique du cinéma: parmi ceux-ci, La Grande Bouffe de Marco Ferreri, des courts métrages de Méliès et quelques films suisses habituellement peu accessibles.

Le repas, révélateur de l'intime

Couple formidable de par sa longévité et sa richesse procréatrice, le cinéma et la nourriture déclinent, depuis plus d'un siècle, un pas de deux différent selon les obsessions des réalisateurs et la nécessité des scenarii. Matière organique contre pellicule, l'alimentation est d'abord cet élément qui casse l'aspect lisse et aseptique d'un film tout en révélant mieux qu'un autre la psychologie intime d'un individu ou d'un groupe social. «Considérez comme je mange, vous saurez qui je suis», semblent dire les personnages de Claude Chabrol, le plus gourmand de tous les cinéastes. Cependant que pour le taïwanais Sucré salé comme dans Le Festin de Babette, le banquet et sa préparation deviennent expression d'une culture à travers sa gastronomie. L'oralité prononcée des protagonistes de La Grande Bouffe et du Sens de la vie des Monty Python, comme le cannibalisme raffiné du Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant de Peter Greenaway nous en apprennent autant sur le pathos d'un être ou d'une société rongée par la surconsommation que sur les représentations de fantasmes millénaires.

Enfin, prétexte à réunion, le repas est un moment rêvé de mise en scène, pour Sautet comme pour Visconti, qui s'en sert pour recréer la lutte des classes. Chez Blake Edwards (The Party) comme chez Charlot qui nous régale d'un instant hautement savoureux avec sa dégustation d'une vieille grolle dans La Ruée vers l'Or. C'est d'ailleurs dans son aptitude à susciter la jouissance que le cinéma s'accorde le mieux aux délices procurés par la table.

L'Alimentation dans tous ses états, cours public 2004, Université de Lausanne. Du 14 janvier au 18 février, les mercredis à 18 h 15. Dorigny, Collège propédeutique (CP2), grand auditoire. Rens. www.unil.ch