Un peu comme François Ozon, Alain Guiraudie (né en 1964 dans le Rouergue) s'est fait un nom à travers des courts puis moyens métrages d'une rare originalité. On a ainsi pu découvrir Les héros sont immortels, Tout droit jusqu'au matin, Du soleil pour les gueux et Ce vieux rêve qui bouge, tous réalisés entre 1990 et 2000, lors d'une précédente programmation du cinéma Spoutnik de Genève. Puis, ce fut l'obligatoire passage au long métrage et… le silence. A peine remarqué à Cannes 2003 (Quinzaine des réalisateurs), mal aimé (sauf par le trio Cahiers du cinéma-Libération-Inrockuptibles) et à peine distribué, Pas de repos pour les braves a traîné une réputation de film raté avant de ressurgir sans crier gare, repêché ces jours par Spoutnik. Et pourtant…

Pour ce qui est de l'originalité, ce nouveau film ne le cède en rien aux précédents, fables délirantes et néanmoins ancrées dans un contexte social et régional. Sauf qu'il prend le risque de larguer le spectateur à force de le dérouter. Qu'on en juge par un bref aperçu du scénario. Quelque part dans un Sud-Ouest improbable, entre Buénozères et Bairoute, un jeune homme désœuvré qui se nomme parfois Basile et parfois Hector se partage entre ses amis de Village-qui-vit et son vieil amant de Village-qui-meurt. Il a peur de dormir depuis qu'en rêve, il a rencontré Faftao-Laoupo, l'annonciateur de l'avant-dernier sommeil. Est-ce bien lui qui décime un jour tout un village avant d'abattre ses poursuivants? Recherché par un certain Johnny Got, lui-même pourchassé par les mafieux du coin, arrivera-t-il à retrouver goût à la vie?

Le début, une longue conversation de bistrot filmée en plan fixe, annonce un film formidable. Mais dès les premiers coups de feu, il opère une pirouette digne de Mulholland Drive (les morts sont soudain à nouveau vivants, les mêmes acteurs affublés d'autres noms) qui laisse perplexe. Faut-il se creuser la tête pour y comprendre quelque chose, n'y voir qu'une déconnade immature entre copains, ou bien se laisser aller aux plaisirs occasionnels d'un conte surréaliste, souvent magnifiquement filmé? En l'occurrence, autant opter pour la troisième solution, à défaut de parvenir à bien distinguer ce qui appartient au rêve et à la réalité.

Entre philosophie de comptoir, courses-poursuites désordonnées et humour décalé, on distingue quand même l'odyssée d'un jeune homosexuel angoissé, qui finit par accepter sa mortalité. L'itinéraire aurait été plus rectiligne qu'il aurait beaucoup manqué de charme. Mais s'il avait été plus court, sans doute aurait-il rencontré plus d'écho.

Pas de repos pour les braves, d'Alain Guiraudie (France-Autriche 2003), avec Thomas Suire, Laurent Soffiati, Thomas Blanchard, Vincent Martin.

Cinéma Spoutnik, Coulouvrenière, 11, Genève. Jusqu'au 16 janvier.Rens. 022/328 09 26. http://www.spoutnik.info