La Section cinéma de l’Office fédéral de la culture (OFC) aura deux chantiers principaux en 2010. D’abord, la nouvelle mise au concours de l’aide aux festivals qui signifiera, durant toute l’année, la visite des experts de l’OFC sur les sites des manifestations qui revendiqueront une subvention. Le dossier est notamment brûlant sur plusieurs points: Cinéma Tous Ecrans, à Genève, s’est-il suffisamment amélioré pour réintégrer le club et, entre autres, qu’adviendra-t-il du Festival de Zurich après qu’il ait servi de guet-apens à Roman Polanski?

Le deuxième dossier présenté lundi aux Journées de Soleure par Nicolas Bideau est plus délicat. La Section cinéma doit en effet remettre sur l’établi son régime d’encouragement du cinéma, c’est-à-dire l’ordonnance d’application, l’architecture juridique sur laquelle repose la politique cinématographique de Berne. Rien de révolutionnaire: ce système est régulièrement revu et corrigé en fonction des requêtes du milieu, des succès et des flops des films produits. Ce sera déjà, en quatre ans seulement, la troisième mouture de l’ère Nicolas Bideau et il s’agira essentiellement, cette fois, de corriger quelques points qui posent encore problème: la condition précaire du développement d’idées et de scénarios; les dysfonctionnements durant la phase de préparation qui sépare le scénario du tournage; ou encore la place de la relève.

Enquêtes en profondeur

Surtout, après quatre ans de règne très contestés, le chef de la section a joué une musique nouvelle. A son arrivée, devant la forte attente du milieu qui trépignait, Nicolas Bideau n’avait guère d’autre choix que de ruer dans les brancards. On lui aurait encore davantage reproché le contraire. A présent, avec la bénédiction du nouveau ministre de l’Intérieur, et de la Culture, Didier Burkhalter – qui privilégie une politique de dialogue en rupture avec le style de Pascal Couchepin –, Nicolas Bideau cherche à rassembler tout en réfléchissant sur son action. Méthode: l’autocritique.

Ainsi s’est-il présenté, lundi à Soleure, en compagnie de deux experts indépendants qui sont en train d’ausculter son travail: Anne-Catherine de Perrot, directrice du Centre d’évaluation culturelle Evalure, qui mène actuellement une enquête sur le fonctionnement de la Section cinéma, de ses instruments, ainsi que du tissu cinéma suisse en général; et Thomas Geiser, professeur de droit à l’Université de Saint-Gall qui, de son côté, dirige un groupe de travail mandaté par la Section cinéma pour découvrir quelle est la stratégie de l’OFC et surtout quels en sont les rouages opératifs ou non.

Et en profondeur: pour Anne-Catherine de Perrot comme pour Thomas Geiser, il s’agit de circonscrire la part cachée de l’iceberg, c’est-à-dire la culture d’organisation, la façon de se parler, la transparence ou non. «On ne peut pas changer cette partie immergée, a précisé Thomas Geiser, mais on peut veiller à ce que l’eau soit claire pour pouvoir l’observer et la comprendre. C’est décisif. C’est en la méconnaisant que le Titanic a sombré.»

Une séance calme

C’est dire qu’après toutes les polémiques qui ont agité son règne, Nicolas Bideau se prête aujourd’hui à l’autocritique. Le milieu ne se plaint pas de cette nouvelle ère des «Arbeitsgruppen». Bien au contraire: lundi, la traditionnelle séance d’information soleuroise de l’OFC restera comme la première, depuis l’arrivée de Monsieur Cinéma, qui n’ait pas été agitée par de vifs échanges.

Les résultats de ces enquêtes seront rendus publiques durant l’été et, après discussion avec la branche puis arbitrage de Didier Burkhalter, elles donneront la ligne du régime d’encouragement en vigueur dès 2011.