Pan Tau pouvait se transformer, faire disparaître personnes et objets. Le protagoniste en chapeau melon d'une série télé allemande pour enfants, née dans les années 60 puis immortalisé au cinéma en 1988, a inspiré le bureau zurichois EM2N, auteur du projet architectural qui va renouveler et agrandir les dépôts de la Cinémathèque suisse de Lausanne.

Comme le bonhomme de la série, le nouveau site va cacher sous terre les collections stockées à Penthaz, dans la campagne vaudoise, depuis 1991. Pan Tau, lauréat du concours, lancé en juillet 2007, a été dévoilé hier à l'Espace Arlaud de Lausanne. Dessins et maquettes des quatorze participants à la compétition y sont exposés jusqu'au 19 décembre.

Pan Tau conserve le dépôt actuel en surface. Il le transforme pour le travail d'archivage, de conservation et de recherche. Il dégage, ensuite, sur une deuxième parcelle acquise par la Confédération, plus de 11000 mètres carrés souterrains destinés à l'entreposage. Le jury a choisi à l'unanimité le projet: compact, discret et en phase avec le paysage. Gage de l'avenir d'une institution qui ne veut pas disparaître.

Musée national du cinéma

C'est donc un long feuilleton qui finit bien. Il commence en 1990 avec l'achat de «24 kilomètres de rayonnage de films» rappelle Hervé Dumont, directeur sur le départ de la Cinémathèque. Délocalisée dans le centre d'archivage de Penthaz, leur acquisition vide les caisses de l'institution sise à Montbenon, à deux pas du Flon lausannois. La faillite menace. La Confédération, bailleur de fonds avec la Ville de Lausanne et le canton de Vaud, rachète le bâtiment de Penthaz en 1998 et sauve la vie de la Cinémathèque cinquante ans après sa fondation.

L'état déplorable du dépôt réclame des travaux. Et l'espace se fait rare. Sept ans plus tard, après un intense lobbying entre Lausanne et Berne, la Confédération se décide pour un contrat de prestation. Du coup, la Cinémathèque, qui reste une fondation de droit privé, devient en même temps ni plus ni moins qu'un «musée national du cinéma». Grâce au nouveau statut, la Confédération peut aménager en toute légalité les locaux demandés. Ils ouvriront en 2012 et coûteront près de 50 millions de francs.