Les ignares ne sachant pas apprécier les finesses de l’architecture moderne, la hardiesse des coloris gris le disputant à l’audace de formes rectangulaires, avaient affublé le Palais du Festival d’un sobriquet dépréciatif: le Bunker. Le temps leur a donné raison. Il faut montrer plusieurs fois patte blanche pour entrer dans ce blockhaus de la culture. Pour accéder au Grand Théâtre Lumière, il faut exhiber trois fois sa carte, dont une pour le scanner. Il faut encore présenter son sac ouvert et passer aux détecteurs de métal – un geste plus symbolique qu’efficace. Mais la paranoïa engendrée par le 11-Septembre n’étant pas près de décroître, on peut être sûr que les choses vont empirer. Dans dix ans, on devra passer à la douche et à l’IRM. Toujours avec le sourire, car on s’habitue à tout. Autrefois, on redoutait Big Brother. De nos jours, il est notre pote, notre allié, le grand frère rassurant. Soit Grande Fratello, le reality-show qui rend l’Italie dingue et pour lequel se damne le héros de Reality.