Musique

Cinq artistes de rap qui ont marqué l'histoire

Le journaliste Olivier Cachin, témoin privilégié de l'évolution de cette pop-culture, commente cinq jalons de l'histoire du hip-hop

Last Poets 

«C’est une source possible pour le rap. Le groupe est né en 1968 à Harlem. Ils étaient espionnés par la CIA et par le FBI, ils connaissaient Malcolm X et ils aimaient le kung-fu. Ils ont eu ce courage incroyable de reprendre d’une manière critique l’insulte «Nigger» dans leurs chansons. Aujourd’hui, cela paraît évident parce que tous les rappeurs le font. Mais à l’époque, c’était un choc. J’ai accueilli les Last Poets dans mon émission «RapLine». Je ne sais pas si les gamins de 15 ans ont une conscience historique. Mais la musique qu’ils aiment trouve peut-être ses racines dans ce trio de tambourineurs et de poètes.»

Grandmaster Flash and the Furious Five

«Je me suis pris leur musique en pleine face. C’était en 1982, j’avais 20 ans. Avec «The Message», je découvrais pour la première fois une capacité du rap à faire naître des mondes, à raconter des histoires et presque à créer des films avec des mots. Je ne sais pas pourquoi cela a changé ainsi ma vie, mais j’ai été pris par le style, par la tournure et par l’audace. Au départ, la scène française tentait de copier les principaux groupes américains. Etonnamment, c’est parce qu’ils en étaient incapables, parce que leur langue et leur mode de vie étaient si différents, qu’ils ont fini par inventer leur approche.»

Dr. Dre

«Le patron. Je l’ai croisé à Los Angeles, pendant le tournage d’un clip. Entre deux prises, il a accepté que je l’interviewe pendant une heure, dans la plus grande décontraction. C’est un surdoué. La première fois qu’il a mis un pied dans un studio, il n’y comprenait rien. Il a appris en regardant, jusqu’à devenir un des principaux producteurs de sons au monde. Rien que sa vie, depuis le groupe de gangsta rap NWA jusqu’au film «Straight Outta Compton» qui est sorti sur lui, est une légende américaine. Chez les rappeurs américains, l’art, c’est le commerce. L’argent n’est pas impur. Cette vision capitalistique de la création est totalement assumée chez des artistes comme Dr. Dre.»

JoeyStarr

«Je me souviens de mes premières rencontres avec Suprême NTM. La phrase préférée de Joey Starr, c’était: «Range ta question.» Il en avait marre que les journalistes lui demandent systématiquement les mêmes choses sur la banlieue, s’ils restaient crédibles depuis qu’ils gagnaient de l’argent. On est devenus amis. Je fais l’introduction parlée sur son prochain disque. Son parcours est sidérant. L’idée même qu’il joue un flic au cinéma alors qu’il a rappé la chanson «Police» démontre bien à quel point il ne se conforme pas aux préjugés qu’on pouvait avoir à son sujet.»

PNL

«Ils nous ont tous pris par surprise, ce duo de Corbeil-Essonnes avec leur album «Le Monde Chico». En quelques morceaux, cette année, ils ont réussi à redéfinir le jeu hip-hop. En apparence, rien que de très classique dans leurs thématiques, dans leur rap atmosphérique. Ils pourraient ressembler à plein d’autres groupes de cités. Mais il y a quelque chose, une nostalgie, un côté électro, une ouverture vers d’autres musiques. J’aime cela. NTM, quand ils sont arrivés, étaient des guerriers. Aujourd’hui, les gamins sont nés avec le rap. Ils ne ressentent plus le besoin de défendre leur genre. Ils rappent, voilà tout.»

Publicité