Cinéma

«Cinquante Nuances plus claires»: dernières fessées sur la route de la félicité conjugale

Le manifeste du «mummy porn» se conclut avec un film d’une désespérante médiocrité, qui fait l’apologie de la normalité

La tendre Anastasia (Dakota Johnson) s’est fait claquer le croupion par le très beau et très riche Christian Grey (Jamie Dornan), mais aujourd’hui elle a son sucre: une cérémonie nuptiale devant un mur de roses virginales. Puis une nuit de noces dans le jet privé et une soirée de gala à l’Opéra de Paris.

Vacances à Monaco, week-end à Aspen, et que je t’offre un bolide de luxe, et que je t’offre un manoir somptueux sur le littoral, et que je me paie une petite robe lamée qui ne cache pas grand-chose… Les personnages évoluent en marge de la réalité dans un luxe de catalogue publicitaire. Ana flotte dans une niaise béatitude. Chaque scène érotique déclenche sur la bande-son des roucoulades de R’N’B’ pur sucre (attention! Le diabète est cause d’impuissance masculine…). Quant à Christian, parfois il se met au piano et chante une émouvante complainte car il est ainsi, le mâle alpha, sensible sous sa carapace de virilité.

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Hélas! Le bonheur absolu n’est pas garanti à 100%… Dans l’ombre, l’infâme Hyde, harceleur sexuel au chômage, ourdit des plans de vengeance. Et le spectre de la jalousie rôde parfois dans le penthouse des jeunes époux. Alors le mari punit son épouse en la privant d’orgasme…

Flan vanille

Troisième et dernier volet de Cinquante Nuances de Grey, le manifeste du mummy porn, qui a mis le feu à la libido planétaire, rapporté des millions de dollars et relancé la vente des martinets, Cinquante Nuances plus claires conclut sans surprise une trilogie cinématographique dont l’affligeante médiocrité rivalise avec celle des livres.

Démarrés comme un prolongement des romances vampiriques de Twilight, les trois romans d’E. L. James se sont émancipés de leur modèle tout en restant dans le registre du conte de fées: l’humble bergère épousant un grand prince. En l’occurrence une chaste étudiante tombant dans les rets d’un richissime entrepreneur, adepte de domination, qu’elle convertit aux vertus de l’amour vrai, mais aussi de la félicité conjugale et même des joies de la paternité. Quant à la fessée, elle reste un piment doux dans le flan vanille des jours et des bonheurs.


Cinquante Nuances plus claires (Fifty Shades Freed), de James Foley (Etats-Unis, 2018), avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Marcia Gay Harden. 1h45.

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