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Circulez, il y a tout à voir

Le festival Circulation(s), dédié à la jeune photographie européenne, prend ses quartiers à Paris. Pour une quatrième édition florissante

Circulez, il y a tout à voir

Images Le festival Circulation(s), dédié à la jeune photographie européenne, prend ses quartiers à Paris

Pour une quatrième édition florissante

C’est un petit festival, ambitieux et dynamique, ouvert et généreux. Consacré à la jeune photographie européenne, Circulation(s) présente chaque année quelques dizaines de talents de France et de Navarre, d’Irlande et de Pologne, jusqu’à la Suisse. Après trois éditions au parc de Bagatelle, le cru 2014 prend ses aises au Cent­quatre, à Paris. Longtemps siège du Service municipal des pompes ­funèbres, le lieu connaît un incroyable renouveau depuis trois ans, fait de multidisciplinarité et d’ouvertures sur son quartier bigarré. La jeunesse du hip-hop et celle du théâtre émergent y ont trouvé un temple. Circulation(s) ne pouvait que s’y sentir à l’aise.

Au 104 de la rue d’Aubervilliers, 44 photographes sont exposés. Certains en petit, d’autres en grand, les moins chanceux avec quelques clichés seulement, les autres avec un semblant d’univers. Il n’y a pas de thème ni de condition autre que d’être un artiste n’ayant que très peu montré son travail. La moitié des photographes a été choisie par un jury composé de professionnels et l’autre par l’association organisatrice Fetart, un curateur, une école et une galerie, tous trois invités – Xavier Canonne, directeur du Musée de la photographie de Charleroi, la Belfast School of Art et la Galerija Fotografija à Ljubljana. Il en résulte des projets disparates et des présentations variées, une impression de foisonnement hétéroclite qui peut frustrer ou rebuter, mais qui fait surtout la richesse d’un événement comme celui-là. On ouvre des portes, on lève la tête, on déambule d’une cour à l’autre, d’un ancien atelier au château d’eau.

Et parmi la multitude de projets – tous d’une certaine exigence –, plusieurs se distinguent forcément. Ainsi, l’Italien Luca Lupi, qui photographie les côtes italiennes depuis un bateau, suivant une même hauteur d’horizon. Il en assemble ensuite des morceaux disparates, comme s’ils faisaient partie d’un même paysage. Marie Hudelot, aux racines françaises et algériennes, qui cache le visage de ses sujets sous des plumes de paon, des voiles agrémentés de drôles d’accessoires, des fleurs ou des casques de guerre. Massimilano Gatti, lui, ­collectionne les objets rejetés par la mer de Lampedusa. Théière rouillée, bible, tapis roulé en boule. Une autre manière de parler des drames de l’immigration clandestine.

Dans un genre plus ludique, le collectif suisso-danois Put Put met en scène des objets détournés de leur fonction primaire, mais ressemblant à l’ustensile qu’ils sont censés remplacer. Une brosse de WC plantée dans un pot évoque une jolie fleur, un bâtonnet dans une éponge rappelle une glace, une baguette de pain fait office de quatrième pied de tabouret. C’est drôle et bien pensé. Dans la même veine, l’Allemande Christiane Seiffert reproduit des cartes postales improbables à l’aide de son corps et de divers accessoires uniquement. Plus ou moins convaincante, plutôt potache, elle interprète une cathédrale, un cheval ou une choucroute.

Remarqué dans la catégorie absurde qui fait réfléchir, le Français Zacharie Gaudrillot-Roy retouche des images pour ne laisser visibles que les façades des bâtiments, comme si les promeneurs déambulaient dans un décor de cinéma. Plus réaliste d’un point de vue technique, mais relativement improbable en réalité, la série de l’Ukrainienne Marina Poliakova met en scène des hommes nus dans des postures traditionnellement féminines. Ils ont l’air grotesque et cette réaction, qui serait autre s’il s’agissait de femmes, en dit long (LT du 08.02.2014).

Dérangeant également, le travail de la Néerlandaise Marlous van der Sloot intitulée Le Corps vécu. Une jeune fille au visage ­presque entièrement enfoui sous la neige, un œil dans une coquille d’huître, un clitoris émergeant d’une lune ronde et pâle, de petits ballons verts dégonflés accrochés à un arbre comme autant de feuilles. C’est à la fois beau et poétique, bizarre et intrigant.

Dans un grand cube noir, au milieu de la halle des anciennes pompes funèbres, sont projetées quelques séries. Les portraits animés de l’Allemand Marcel Meyer sont formidables d’efficacité et de simplicité. A première vue, un gosse dans la forêt ou parmi les siens. Puis, à bien y regarder, le feuillage bouge, un ballon est ballotté par le vent, une lumière s’éteint. Et l’on se retrouve, enfant, confronté à la vieille peur du noir ou à celle d’une présence inconnue.

Deux Suisses figurent encore au menu de cette édition 2014. Lucas Olivet et sa série sur la région québécoise de Wentworth, où il passait ses étés de petit garçon. Puis le travail mélancolique de Delphine Schacher sur les jeunes filles roumaines.

Circulation(s), jusqu’au 16 mars au Centquatre, Paris, dans le XIXe arrondissement. www.festival-circulations.com

Une brosse de WC plantée dans un pot évoque une fleur, un bâton dans une éponge rappelle une glace

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