Après avoir ébloui les spectateurs aux quatre coins du monde, le Cirque du Soleil a été vendu à des sociétés d’investissements américaine et chinoise qui ambitionnent pour la troupe de saltimbanques née au Québec la conquête d’un ultime marché: celui de la Chine.

Le fondateur Guy Laliberté, 55 ans, conservera une part minoritaire dans le groupe de divertissements qu’il a fondé en 1984, et continuera de participer «à la direction stratégique et artistique» de l’entreprise, selon un communiqué du cirque. L’opération doit être bouclée à l’automne.

Hier dans une longue conférence de presse, il a tout fait pour dédramatiser ce changement de cap, expliquant que «cela ne faisait pas du Cirque une entreprise moins canadienne», selon le journal québécois La Presse. Il veut avec cette vente «assurer la pérennité du Cirque du Soleil, accélérer sa croissance et lui permettre de se diversifier dans des secteurs porteurs».

En employant un ton humoristique, il est aussi revenu sur les caricatures récentes selon lesquelles le Cirque allait «vendre son âme».

«Nos infrastructures culturelles sont ici, a-t-il martelé. Pourquoi avons-nous aussi peur de perdre cette identité? Est-ce que vous savez combien il en coûterait pour construire un (siège social) comme celui-ci ailleurs pour ensuite tout déménager?»

Il est essentiel pour Montréal de conserver le siège social de l’emblématique fleuron, qui fait travailler 1600 personnes.

Le modèle économique du Cirque plafonne actuellement, sans qu’on sache les chiffres – la société n’est pas cotée en bourse. «On sait toutefois que les revenus ont baissé et on peut facilement deviner que le Cirque est à la croisée des chemins» écrit le chroniqueur Alain Dubuc.

Les modalités de la transaction, comme le montant et la nouvelle répartition du capital, n’ont pas été dévoilées. Avant la transaction, le milliardaire québécois détenait 90% du capital, le solde étant détenu par des intérêts de Dubaï.

Soirées tout intégrées à Las Vegas entre Uber, le Caesars Palace et le Cirque

A l’issue de la transaction, TPG – qui possède le service de réservation de voitures avec chauffeur Uber et le casino Caesars Palace à Las Vegas – détiendra une participation «majoritaire» dans le cirque, a indiqué ce dernier.

On imagine déjà les forfaits intégrés – transports avec Uber depuis votre hôtel vers le spectacle (une dizaine se jouent simultanément à Vegas, dans les salles de grands hôtels), puis au Caesars Palace pour finir la soirée au casino… Selon le Financial Times la transaction porte sur environ 1,5 milliard de dollars et TPG détiendra environ 60% de l’entreprise.

Selon La Presse, la société chinoise Fosun Capital – qui est parvenue à racheter en février après une longue bataille boursière le Club Méditerranée – aura environ 20%, contre 10% pour Guy Laliberté et 10% pour la Caisse de dépôt et de placement du Québec, le bras armé de la province francophone pour les investissements.

«Ces entreprises travailleront conjointement avec la société pour lancer et développer l’entreprise en Chine», a précisé le Cirque du Soleil.

Le Cirque du Soleil vend onze millions de billets par an, selon Guy Laliberté, soit «plus que tous les spectacles de Broadway». Près de 150 millions de spectateurs ont vu un spectacle du Cirque du Soleil depuis 1984., lit-on sur le site du Cirque.

Les réactions sont mitigées du côté du public canadien.