Le monde d’après: celui dans lequel les citadins retournent acheter des tomates espagnoles rouge pétant sans goût au supermarché du coin? Les promesses avaient fusé pendant le semi-confinement: je ferai davantage de sport, je prendrai moins l’avion, je mangerai local. Les joggeurs se font cependant plus rares, les avions volent encore peu, mais il est permis de douter que les Suisses aillent éternellement passer leurs vacances dans les Grisons; quid des bonnes résolutions gastronomiques?

Selon l’Union suisse des paysans (USP), il semble qu’elles aient suivi la courbe des cas d’infections au coronavirus (en Suisse): le pic est derrière nous. Après un boom extraordinaire au printemps – certaines exploitations parlent d’une augmentation temporaire de 400% du nombre de leurs clients –, l’USP constate un retour progressif à la normale. Au «monde d’avant» donc: celui des fraises en décembre, des courses chez Carrefour et des tranches d’ananas prédécoupées en barquette plastique avec une petite fourchette.

Les agriculteurs suisses ne s’avouent pourtant pas vaincus et mettent les bouchées doubles: points de vente ouverts tard le soir, recrudescence des hébergements campagnards pour citadins en mal de réveil au son du coq, mais aussi collaborations multiples avec des applications de téléphone portable qui renseignent sur les fermes du coin et ce qu’elles vendent. Pour les plus connectés, il est désormais même possible de verser le prix de ses 500 grammes de pommes de terre Amandine à certains agriculteurs en scannant un rural code QR.

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Certes, à l’impossible nul n’est tenu. Sans avion, difficile de rejoindre l’Australie, sans jogging, on économise ses genoux. Le monde d’après ressemblera beaucoup à celui d’avant, personne n’est dupe. Toutefois, n’oublions pas trop vite les marchés à la ferme, les achats locaux et le véritable goût des légumes. Car si le coronavirus s’estompe (touchons du bois pour que cela dure), les défis d’hier continuent d’occuper le monde d’aujourd’hui et de demain. Le réchauffement climatique demeure. Les paysans connaissent toujours une situation difficile. Et les produits du terroir sont toujours plus goûtus que les autres. Alors, si en plus on peut payer par Twint… Au marché!