Le Festival de la Cité, inauguré vendredi soir passé à Lausanne, bat son plein. Soir après soir, bise ou non, la foule dense et jeune afflue. Effluves de cuisines sénégalaise, vietnamiennes, du monde entier et même locales, flots de bière et de boissons plus ou moins exotiques. Place de la Cathédrale, un pâtre grec livide de la racine jusqu'à la pointe de ses cheveux frisés, posé sur son fragment de colonne, ne bronche pas. Longtemps. A une heure du matin, l'ambiance mollit. Les uns après les autres, jazz ici, musiques actuelles là, les artistes saluent et se replient. La statue saute de son fût, jambes engourdies, cale sa colonne en ruine sur une petite remorque conçue «ad hoc», enfourche un aérobike rouge vif et s'en va pédalant, le nez vers les étoiles, blême toujours, tunique légère au vent. Insolite? Non: juste un ajout au programme «arts de la rue» qui voit défiler acrobates sur échasses, marionnettistes et autres créatures gonflables.

Les artistes de tous poils et leurs publics emplissent chaque espace exigu. Mais les installations sont bien pensées, la signalétique sobre et efficace, et l'organisation manifestement au point. Le nouvel administrateur, Jean-François Chapuisat, subit l'épreuve du feu de manière concluante et le Festival, cette année, franchit un nouveau seuil. Car si la qualité de l'accueil s'est renforcée, la programmation confiée à des spécialistes de chaque branche, au nombre de treize, s'est encore affinée et affirmée. Il en résulte, selon la formule propre à la manifestation, un copieux mélange de disciplines: propositions légères en théâtre (trois créations seulement) et audacieuses en danse, point fort de la Cité. Dans le magique mais difficile décor du Pré-des-Druides, onze jeunes compagnies se produisent, à découvrir pour la plupart. Le public a réservé un accueil chaleureux à celles qui se sont présentées les trois premiers jours: De Fu (Berne), Balafori (France) et le Ballet Junior (Genève). Visiblement, ce festival devient progressivement une rampe de lancement pour jeunes danseurs.

Et les musiques, toutes les musiques, sont installées partout. A la Cité, on vient non seulement pour écouter – le Canadien Danny Boudreau, place Saint-Maur, ou le jeune auteur compositeur français Vincent Cros, place du Château – mais aussi pour danser beaucoup et partout. A moins que ce ne soit pour tomber en arrêt, à l'écoute des mots, ceux de Georges Perros montés et mis en musique par Roland Vouilloz et Lee Maddeford – puisque la littérature constitue l'une des originalités du Festival de la Cité.

Festival de la Cité, Lausanne, jusqu'au 12 juillet. Tél. 021/315 25 55. www.lausanne.ch/entree_libre