«C’est un rêve qui s’évanouit.» David Lachat, qui a repris la présidence de la Fondation pour la Cité de la Musique de Genève (FCMG), à la suite de la démission le 13 octobre du fondateur Bruno Mégevand, est, comme tous ses membres, profondément désolé.

Lire aussi: Bruno Mégevand quitte la présidence de la Cité de la musique

La fondation a décidé d’abandonner le projet après de longues et intenses réflexions. «Nous nous sommes décidés en toute liberté et conscience, avec une tristesse infinie et une immense déception», ajoute l’avocat genevois. L’amertume est d’autant plus grande qu'à la suite du préavis négatif des électeurs de la ville le 13 juin 2021, les membres de la fondation avaient retroussé leurs manches pour répondre encore plus aux attentes des détracteurs.

Des résistances trop fortes

«Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, mais nous nous sommes aperçus que les résistances étaient trop fortes», poursuit David Lachat. «Suite à la position du Conseil consultatif de la culture, qui ne reconnaît rien de positif à la Cité de la musique, et aux attaques persistantes de tous les opposants, nous avons préféré renoncer.»

Pourtant, le Conseil d’Etat s’était prononcé en faveur du projet, et s’était déclaré prêt à le soutenir. «Nous sommes très reconnaissants à Thierry Apothéloz, ainsi qu’à tous ceux qui se sont engagés pour la Cité de la musique. Mais cela prendrait beaucoup trop de temps, entre tous les recours annoncés et les batailles à mener. La votation cantonale ne peut pas avoir lieu avant novembre 2022 et nous ne pouvons pas attendre dix ans, voire plus.»

Craintes parfois infondées

«Quand la culture s'oppose à la culture, cela épuise toutes les bonnes volontés, a regretté de sa part le conseiller d'Etat. De toute évidence, les conditions manquent aujourd'hui pour faire renouer le monde musical dans sa diversité. Ces derniers mois, dans le contexte de la votation communale en Ville de Genève relative au plan localisé de quartier Cité de la musique, les fronts des opposants se sont durcis, soutenus par des craintes parfois infondées. Le gouvernement a toujours montré son attachement à cette idée de synergie, soutenue et défendue par les deux institutions concernées (ndlr: HEM et OSR), du fait qu'elle intégrait à sa base les principes d'échange et d'émulation. Aucun calendrier n'est fixé à ce stade pour les locaux de HEM et de l'OSR, mais leurs besoins demeurent criants.»

Lire aussi: Une consultation doit revivifier le projet de Cité de la musique

Repartir en campagne

L’urgence est en effet de mise car la Haute Ecole de musique (HEM) et l’Orchestre de la Suisse romande (OSR) sont en recherche active de locaux, leurs sites étant devenus obsolètes et vieillissants, et ne peuvent encore reporter leur attente.

«Malgré les concertations et les propositions de transformation, les oppositions sont toujours plus fortes. Il est contre-productif de se battre inutilement. Nous sommes des personnes responsables», précise David Lachat.

Pour les deux institutions qui devaient être utilisatrices des lieux, il est donc impératif de repartir en campagne pour en trouver qui répondent à leurs besoins. Deux solutions séparées pourraient peut-être être envisagées ou une nouvelle idée les reliant. Mais rien n’est encore à l’ordre du jour.

«Le projet que nous défendions était très vertueux. Il fonctionne très bien à Helsinki notamment. La collaboration rapprochée de l’école professionnelle de musique et de l’orchestre est logique et aboutit à de beaux résultats, comme des concerts où les élèves jouent ou se forment dans l’orchestre. Nous allons devoir explorer d’autres pistes de repli rapidement» conclut le président de la fondation de la FCMG. La guerre des musiques aura malheureusement eu raison de la Cité.

Par la voix de sa présidence, la Fédération genevoise des musiques de création (FGMC) se dit «soulagée» de l’abandon du projet des feuillantines adoptée par la Fondation de la cité de la musique. «Nous les remercions d’avoir fait ce choix qui respecte la volonté exprimée dans les urnes», ajoute la FGMC, dont l'opposition au projet était un des premiers combats suite à sa création.

Grand clivage

Si un nouveau projet devait émerger, la fédération explique qu’elle sera alors «attentive à ce que l’équilibre des dotations entre les milieux musicaux soit garanti». «Nous avons des propositions à faire et souhaitons que le dialogue prenne en compte les besoins existants. Cette concertation devrait se faire de bas en haut. Un projet similaire mais simplement déplacé posera les mêmes problématiques de politique culturelle», précise sa présidente, Béatrice Graf.

«Genève pense qu’elle est un monde en soi. Je trouve dommage qu’il y ait une absence de dialogue au-delà des frontières cantonales et un si grand clivage entre les genres même si les réalités de traitement politique entre les musiques «pop» et «classiques» sont clairement différentes», commente de son côté Albane Schlechten, directrice de la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles (Fcma).