Musiques

La Cité de la musique part en campagne

Une journée de concerts dans le hall de la gare Cornavin a lancé mercredi une série d’événements pour mieux faire connaître et résonner la Cité de la musique en ville

L’attroupement réjouit. Qu’ils soient de passage ou pas, pressés ou non, les badauds qui entourent les musiciens de l’OSR et de la HEM ne cachent pas leur joie. Ce mercredi, Bizet, Mozart ou Rossini les happent dès l’entrée de la gare de Cornavin. Ils se laissent séduire sans résistance, portables brandis.

Pourquoi les instruments des deux institutions classiques de la ville et du canton se rejoignent-ils donc en concert dans un hall de gare? Parce que la Cité de la musique, qui les réunit dans un projet commun ambitieux, part en campagne.

Son bâton de pèlerin en main, l’avocat Bruno Mégevand, président de la Fondation de la CMG, est cette fois resté en retrait. Pour l’occasion, il a laissé la parole à Olivier Hari, président de la fondation de l’OSR, Thierry Apothéloz, conseiller d’Etat responsable de la Cohésion sociale, Sami Kanaan, conseiller administratif responsable de la Culture et du Sport, et Béatrice Zawodnik, coordinatrice de l’enseignement de la HEM de Genève.

Une collaboration féconde

Tout ce beau monde s’exprimait devant les Genevois afin de créer le contact, intéresser et convaincre la population que la Cité de la musique est une chance immense pour Genève, grâce à la collaboration féconde entre l’orchestre, les étudiants de musique et les grands orchestres symphoniques invités. L’infrastructure moderne, adaptée aux exigences et aux besoins de chacun, sera en outre ouverte aux arts, à toutes les musiques et aux citoyens.

L’inauguration se profile en 2024, après avoir été initialement annoncée pour 2022. L’architecte Pierre-Alain Dupraz estime la date «réaliste» si tous les feux se mettent rapidement au vert. «Le plan de localisation de quartier souhaité par la Fondation de la CMG et la ville de Genève nous a un peu ralenti. Mais nous resterons dans les temps si tout se déroule bien.»

Il y a aussi les oppositions qui se sont manifestées, dès la présentation de la maquette élue en 2017. Elles pourraient freiner le projet. Les associations Contre l’enlaidissement de Genève et Action patrimoine vivant s’étaient alors élevées contre la destruction de la villa des Feuillantines, construite en 1880 par Jean Franel, et l’arrachage d’arbres centenaires.

Les opposants souhaitent lancer un référendum dès l’octroi du permis de démolition, après la récolte de 4400 signatures. Mais l’extraterritorialité de la parcelle de l’ONU et le classement de la villa en objet «intéressant» et non «exceptionnel» par la commission des monuments, de la nature et des sites, pourraient affaiblir cette requête.

Cœur battant

L’heure est aujourd’hui à la communication sur cette Cité de la musique «rassembleuse et collaborative», selon Béatrice Zawodnik. Il ne faut en effet pas oublier que l’aspect pédagogique se partagera à égalité avec le symphonique. Et que, si une salle de concert de 1750 places représentera toujours le cœur battant de l’édifice, avec deux autres salles plus petites dévolues aux concerts (contre trois initialement), les 500 étudiants et 150 enseignants occuperont une centaine de salles de travail dans des locaux adaptés conçus pour eux, alors qu’aujourd’hui, la vétusté et l’inconfort sont de mise des deux côtés.

Sur le plan du financement, Thierry Apothéloz propose que le budget de fonctionnement, estimé à 3 millions annuels, soit cantonalisé. «Il est logique que l’OSR, que nous finançons partiellement, et la HEM, que nous soutenons intégralement, soient pris en charge de façon pérenne par le canton. Nous avons mandaté huit experts internationaux pour évaluer la charge de fonctionnement et nous veillerons à ce que l’estimation du budget soit strictement respectée, faute de quoi nous nous retirerions.»

Un cadre harmonisé

Le budget d’investissement de 300 millions doit encore être bouclé, avec une vingtaine de millions manquants. «C’est à la fondation de trouver les financeurs», rappelle le conseiller d’Etat. Quant au cadre de répartition harmonisé entre canton et ville, il lui semble «naturel que si le Grand Théâtre s’avère essentiellement communal, la Cité de la musique soit cantonale.»

Thierry Apothéloz souligne encore la «nécessité d’ouverture de la Cité sur les citoyens et les autres expressions musicales. Le hip-hop, le jazz ou le rock doivent aussi y avoir leur place pour des rencontres musicales fortes. Il ne s’agit pas de vampirisation ou d’aspiration des acteurs musicaux locaux, mais de complémentarité entre les différents lieux de répétition et de production de la ville. Nous travaillons main dans la main avec Sami Kanaan pour veiller au bon équilibre des redistributions.»


Renseignements sur le site de la Cité de la musique.

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