Architecture

La Cité de la musique sera construite par Pierre-Alain Dupraz

Le bureau genevois a remporté le concours d’architecture pour le projet de la Cité de la musique. Rappel et projections

And the winner is… Pierre-Alain Dupraz, en partenariat avec le bureau Gonçalo Byrne et Nagata Acoustics! Une véritable surprise: nombreux sont ceux qui s’attendaient en effet à une star internationale de l’architecture. C’est donc à un bureau genevois que le projet de la Cité de la musique a été attribué. Une consécration et un sacré défi pour l’architecte, très connu dans la région, qui devra s’atteler à une réalisation d’envergure et d’une grande exigence technique.

Pour mémoire, rappelons que l’on doit notamment au bureau de la rue des Cordiers les projets de la passerelle de la Paix dans le quartier de Sécheron, la passerelle piétonne et cycliste du pont du Mont-Blanc (concours gagné en 2012 mais toujours dans l’attente de sa réalisation), une école enfantine à Prangins ou un EMS à Rolle.

Pierre-Alain Dupraz pourra en outre s’appuyer sur l’expérience de l’architecte lisboète Gonçalo Byrne, collaborateur qui a réalisé des projets plus monumentaux, tels que la tour de contrôle du trafic maritime à Lisbonne ou la Villa Utopia à Carnaxide, par exemple. Enfin, l’acoustique a été confiée à Nagata Acoustics, qui a conçu l’espace sonore des célèbres ElbPhilharmonie de Herzog & de Meuron, à Hambourg, et du Walt Disney Concert Hall de Frank Gehry à Los Angeles.

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Lignes épurées, blancheur, verre et métal, sobriété et élégance dépouillée: la Cité de la musique s’inscrira donc dans la tradition plutôt que dans l’exubérance architecturale. La raison prévaut ainsi sur la folie d'un rêve puisque le lauréat, anonyme jusqu'à l'ouverture de l'enveloppe finale, s'avère être une personnalité locale connaissant bien le terrain, les pratiques, les entreprises, les aspects politiques ou financiers de la ville. On imagine aussi que le dossier se révélera très probablement moins onéreux que celui d’une grande signature internationale.

Cette élection d’un bureau genevois s’inscrit comme une forme de pari. Même si Genève se prive sans doute de pouvoir ajouter à son parc urbain un nom prestigieux qui lui manque cruellement, depuis l’annulation du projet Nouvel. Une telle opportunité ne devrait pas se représenter de sitôt.

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Décision très, très attendue

C’est peu dire que cette nomination, à l’unanimité, était attendue. Trois ans tout juste se sont écoulés depuis les premières ébauches de l’ambitieux projet musical privé de Genève, révélé sur note site le 25 septembre 2014. Avant que la maquette et les premières images ne soient finalement dévoilées en conférence de presse mardi prochain, aucun visuel ne sera diffusé. Ni aucune interview ou information sur le lauréat et les six prix décernés aux autres concurrents choisis parmi les dix-huit initialement en lice.

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C’est donc par étapes que les secrets du trésor et les autres perles du collier seront révélés. Dès le 30 octobre, l’exposition des maquettes en compétition ouvrira ses portes au Pavillon Sicli, pour que les Genevois puissent se faire une idée des projets présentés.

Comment se sont passées ces semaines de sélection? Les vingt-huit membres du jury, présidé par Dominique Perrault et composé d’une majorité d’architectes, ont planché dur pour affiner et élaguer les dossiers en fonction du lourd cahier des charges.

Moult détails

Pour Steve Roger de l’Agence Caecilia, le climat était «très agréable». Le programmateur de concerts, qui se déclare «profane en architecture» a trouvé particulièrement intéressant de rencontrer des experts. «Les discussions nourries ont permis de faire évoluer les réflexions en fonction des désirs ou des besoins de chacun et de la réalité. Nous avons travaillé dans une forme d’entraide réciproque.»

De son côté, le président de la fondation de la CGM, Bruno Mégevand, rappelle l’abondance de détails qu’il a fallu étudier. Cela va de la qualité des matériaux extérieurs à la circulation du public, en passant par nombre d’éléments essentiels à la fonctionnalité du bâtiment et au respect de son équilibre financier. «C’est un processus fascinant que nous avons découvert, très évolutif, en mouvement permanent. Les bases incompressibles demeurent (capacité de la salle, surface, volume, espaces dévolus à la HEM,…). Mais il est étonnant de constater la mobilité et l’adaptabilité des projets.»

Une gageure pour tous les candidats

David Lachat souligne quant à lui la nécessité de «respecter la fierté et le professionnalisme des architectes». Le vice-président rappelle aussi que si le concours était «sur invitation» et non «ouvert», c’est à cause du nombre trop élevé de dossiers qu’il aurait fallu étudier (210 pour Helsinki…). Et parce que «les concurrents devaient déjà avoir l’expérience de ce genre de programme très spécifique et complexe, avec salle de concert et école rassemblées». Une gageure que tous les concurrents ont d’ailleurs soulignée.

Enfin, la question budgétaire reste évidemment au centre des préoccupations. Bruno Mégevand et David Lachat insistent sur le financement «totalement privé» de la construction qui sera encore affiné lors des mois à venir. Ils se disent d’autre part très attentifs à l’étude concertée d’un financement public pour le futur fonctionnement du lieu. «Un groupe de travail avec les autorités sera mis en place pour étudier en détail les questions liées à l’exploitation de la Cité de la musique.»

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