Le lancement de cette mini-série, à l’été 2008, avait été fracassant, c’est peu dire. La nature du projet – les prestigieuses chaînes anglaise BBC et américaine HBO s’associent pour raconter l’ascension puis la chute de Saddam Hussein – indiquait, d’entrée de jeu, une certaine audace. Qui plus est, l’acteur incarnant le despote, Yigal Naor (vu dans Munich, de Steven Spielberg), est Israélien. Certes, originaire d’une famille juive irakienne. Mais ce détail rajoutait au caractère sulfureux de l’entreprise. Enfin, le feuilleton était promu, sur BBC 2, au moyen d’une bande de promotion choc, montrant le clan Hussein fondant peu à peu dans une mare de sang.

House of Saddam est disponible depuis quelque temps en DVD (en zone 1, avec sous-titres français), et on ne peut que constater la réussite du pari. En quatre épisodes, les auteurs, emmenés par le scénariste et coproducteur Alex Holmes, ont exploité avec brio le format de la mini-série. Ils déploient leur matière de façon rigoureuse, depuis la prise du pouvoir par la démission forcée du président Ahmad Hasan al-Bakr en 1979, jusqu’à la capture de Saddam Hussein en décembre 2003. Le quatrième volet est d’ailleurs tout entier consacré à la fuite des proches et à l’isolement du dictateur déchu, passant par ellipse sur le procès et la mise à mort, ce qui ne manque pas de cohérence; c’est une autre histoire.

Face à la mode des biographies filmées, les biopics, les concepteurs de House of Saddam opposent une écriture plus rationnelle. Le feuilleton tourne bien sûr autour de la figure centrale du chef, mais il met surtout l’accent sur l’entourage du dictateur, sur les fidélités rivées aux corps et figées par la peur, les trahisons ordinaires ou les ruptures plus profondes.

Conséquence de ce choix, les scénaristes insistent sur les principales guerres (Iran, puis Koweït) menées par un régime en déliquescence progressive. Mais ils ne s’attardent pas sur les causes de l’effondrement, allant jusqu’à passer sous silence le 11 septembre 2001. Le point de vue est tenu. Après tout, pour un projet aussi périlleux, seule l’intelligence de l’écriture pouvait conduire à une série pertinente et marquante.