Roman

En classe avec Madame Pomme

Publié sur le mode du feuilleton en ligne entre janvier et décembre 2013, «Le Roman de Madame Pomme» de Reynald Freudiger paraît ce printemps sous la forme de livre. L’occasion de (re-) découvrir les délicieuses aventures d’une enseignante vaudoise

Madame Pomme à l’école

Genre: Roman illustré
Qui ? Reynald Freudiger
Titre: Le Roman de Madame Pomme
Illustrations d’Albertine
Chez qui ? L’Aire, 101 p.

Madame Pomme rêve souvent d’être un personnage de roman. Mais «elle se rend bien compte que sa vie d’enseignante n’intéresserait personne – et ne voudrait par conséquent pour rien au monde figurer en l’état dans un livre». Heureuse ironie, Reynald Freudiger, en une cinquantaine de micro-récits, publiés initialement en ligne, nous raconte son quotidien d’enseignante de français et d’histoire au Gymnase du Lac. Réunies dans le Roman de Madame Pomme, ces brèves prises sur le vif et qui tiennent sur une page, deux tout au plus, sont rehaussées d’une dizaine d’illustrations d’Albertine. On y voit la fameuse Mme Pomme, empruntée mais fière, tenir tête à de jeunes élèves «qui le méritent bien».

Madame Pomme pourrait être la collègue de l’auteur. Tous deux vivent et enseignent dans la région lémanique. Des analogies qui permettent à l’écrivain d’user de dérision et de dresser un tableau piquant des aléas de leur activité professionnelle commune. Cependant Reynald Freudiger, 35 ans, au contraire de son personnage un peu complexé, a osé se lancer dans l’écriture: après un premier roman, il a publié un recueil de contes inspirés de voyages en Amérique latine, Ángeles, dont le ton féerique lui a valu le Prix du Roman des Romands en 2012.

Avec Le Roman de Madame Pomme, l’auteur explore une fois de plus le potentiel de la forme courte. Un genre exigeant qui veut que chaque mot soit pesé, défi que Reynald Freudiger relève avec brio. Les aventures de l’enseignante ont d’abord paru sous forme d’un feuilleton internet à raison d’un épisode par semaine. Ces brèves autonomes ont paru entre janvier et décembre 2013 avant d’être rassemblées en livre. L’étape était nécessaire, argumente l’auteur: «Les œuvres achevées, sur la toile, en se figeant dans un monde où tout est mouvement, meurent peu à peu.» En revanche, le livre et la publication papier vouent les micro-récits à une certaine pérennité. Une manière de prendre le meilleur de l’écriture numérique avant d’en souligner les limites. Et de plaider pour le livre-objet comme support ultime du texte.

Madame Pomme – quel surnom singulier, elle-même ne se souvient plus d’où il lui vient – se distingue par un orgueil emprunt de naïveté. Se targuant d’être gardienne de la culture en général et la littérature en particulier, elle rencontre sans cesse des obstacles que lui opposent l’administration de l’établissement, des parents hargneux ou des élèves indifférents. Pour parvenir à ses fins, il lui faut bien faire quelques pieds de nez à la déontologie, soutenir ses chouchous, clouer le bec aux pimbêches. Bref, faire valoir son point de vue et celui des grands écrivains de la langue française. Brave Madame Pomme, drôle malgré elle, touchante par son dévouement. La plume de Reynald Freudiger ne la ménage pas, certes, mais ce faisant l’auteur la rend vivante, s’amuse de son entêtement et admire sa passion. On ne la quitte qu’à contrecœur au bout de ces quelque 100 pages. En espérant la retrouver à la prochaine rentrée des classes.

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