Livres

Notre classement des 50 meilleurs livres: «Allez Marguerite! Allez Marguerite, allez!»

Dans les coulisses du palmarès des 50 meilleurs livres en langue française de 1900 à aujourd’hui, que publie «Le Temps»

Le Temps publie un palmarès exclusif, celui des 50 meilleurs livres de langue française de 1900 à aujourd’hui. Après la liste des meilleures séries des vingt dernières années en 2017, celle des 50 meilleurs films de tous les temps en décembre 2018, voilà venu le tour de la littérature. Entre janvier et février, nous avons réuni un jury d’experts, 50 personnes du monde du livre en Suisse romande: des journalistes des pages Livres du Temps, des libraires, des bibliothécaires, des enseignants, des professeurs d’université, des responsables de festivals, de salons ou de fondations littéraires. Des jurés de haut vol qui se sont prêtés au jeu avec joie. Nous les remercions encore ici.

Nous avons survolé les archives du Temps, du Journal de Genève, de la Gazette de Lausanne: nous n’avons pas trouvé d’expériences comparables. Chers lecteurs, n’hésitez pas à nous faire part de palmarès similaires faits en Suisse romande dans les décennies précédentes. En ce qui nous concerne, face à notre jury très motivé, la consigne était claire: chacun devait fournir une liste de 25 titres (roman, théâtre, poésie, roman graphique) publiés entre 1900 et aujourd’hui. Tous les jurés nous ont fait part des tiraillements et du temps nécessaire pour établir leur liste idéale. Un des membres du jury m’a écrit: «Pas facile comme exercice! J’ai l’impression d’entendre les livres écartés me dire: et moi! et moi! et moi!»

Notre éditorial: Les 50 livres qui nous racontent

Canon littéraire

Un tel palmarès est une mine de renseignements sur le canon littéraire tel qu’il est imaginé par les lecteurs de 2019. Il permet aussi de voir la place des autrices parmi les classiques littéraires. Il permet aussi, surtout, de proposer une brassée de lectures tandis que le Salon du livre de Genève bat son plein.

Une fois toutes les listes reçues, il s’agissait pour nous de compiler les résultats et d’établir le Top 50 en comptant le nombre d’occurrences obtenues par chaque livre. Voilà pour la façade. Vu des coulisses, j’ai vécu les trois dernières semaines avec des listes de titres de livres, à la rédaction, dans le train, dans le bus, sur mon canapé à la maison, sur mon lit. J’ai compté, recompté, en psalmodiant comme une moniale. Au point d’en rêver et de voir défiler des kilomètres de titres. Je me suis mise à parler «en titres» ou par aphorismes: «Bonjour tristesse» pour dire que c’était plutôt rude, «Parfois dans La vie, on a besoin de mode d’emploi», ou à mon fils aîné, qui a eu 18 ans en plein dans cette période: «L’Usage du monde s’apprend, tu verras, question d’habitude… Tu as La vie devant toi, mon grand». En plein repas, le soir, harassée par le comptage des listes, j’avais le regard absent: «Tu veux encore des pâtes?» me demandait-on. Je levais alors les yeux et les fixais au loin, en quête de Tropismes quelconques.

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Commentateur sportif

Pendant le comptage, j’ai eu plusieurs fois l’impression de me transformer en commentateur sportif. L’intensité de l’exercice me poussait à parler à voix haute: «L’Etranger progresse avec dix voix, onze voix… douze voix!» Plus j’avançais dans les comptes, plus je savais combien les œuvres devaient atteindre comme points pour entrer dans le palmarès. Les champions se sont détachés très vite. Mais il y avait tous les autres. Le suspense atteignait des pics d’intensité. Marguerite Duras, autant vous le dire en avant-première, a vite culminé avec L’Amant. Mais allait-elle avoir plusieurs titres dans le palmarès? «Allez Marguerite! Allez Marguerite!», «Allez Annie (Ernaux), allez Romain (Gary)!» Et puis évidemment, il y avait les auteurs suisses, Nicolas, Charles Ferdinand, Corinna, Noëlle. Rendez-vous samedi pour les résultats.

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