Classique. Johann Sebastian Bach. Oratorio de Noël. (Deutsche Harmonia Mundi/Sony-BMG)

Il y a longtemps que Nikolaus Harnoncourt n'avait pas touché à Bach. Son intégrale des cantates enregistrées en alternance avec Gustav Leonhardt dans les années 1970 et 1980 a fait date. Harnoncourt passait alors pour l'enfant terrible de la musique ancienne. Avec le temps, le chef autrichien s'est assoupli; le son astringent des cordes a gagné en moelleux. Capté en décembre 2006 et en janvier 2007 au Musikverein de Vienne, cet Oratorio de Noël respire un naturel qui n'a pas toujours été le fort d'Harnoncourt. Certes, sa griffe est immédiatement reconnaissable dans le chœur jubilatoire qui ouvre la Cantate No1 («Jauchzet, frohlocket!»). Les cuivres et timbales du Concentus Musicus ont le mordant caractéristique des instruments d'époque, les cordes dessinent des phrases en arc (crescendo et diminuendo) qui, si elles peuvent paraître maniérées au premier abord, insufflent une dynamique au texte.

Guidés par une même lumière, le Concentus Musicus de Vienne, le chœur Arnold Schönberg et les solistes – de premier ordre – animent le récit biblique avec un sens aigu des contrastes. La candeur de Werner Güra, le timbre chaud de Bernarda Fink, le soprano fervent de Christine Schäfer, la basse puissamment expressive de Christian Gerhaher (Gerald Finley est aussi de la partie) confèrent à ces cantates relief et poids dramatique. Harnoncourt laisse jaillir la musique sans entrave ni volonté de démonstration.