Fondé en 2013, le Geneva Camerata (GECA) est désormais bien implanté dans le paysage romand. Il rayonne aussi à l’étranger avec des tournées, preuve qu’il est possible de former un orchestre de chambre soutenu uniquement par des fonds privés! «C’est tous les jours une bataille pour aller plus haut, s’exclame le directeur musical et artistique David Greilsammer. Les budgets de la culture deviennent toujours plus petits en Europe, et c’est presque accepté. Le GECA n’a pas été créé juste pour faire des concerts, des productions, mais aussi pour défendre d’autres valeurs, en se rendant dans des centres hospitaliers ou en faisant des concerts à titre bénévole», a-t-il dit en substance mardi matin, lors d’une conférence de presse à la Société de lecture de Genève.

Trois ans après sa création, le Geneva Camerata tient encore à cet engagement social. Bien sûr, David Greilsammer et son associée Céline Meyer (directrice générale) rêveraient de pouvoir bénéficier de subventions publiques au même titre que d’autres formations orchestrales sur sol genevois, mais pour l’heure, l’aventure se poursuit telle qu’elle a commencé, grâce à l’appui de donateurs et sponsors généreux, parmi lesquels la Fondation Francis & Marie-France Minkoff.

Baptisée «L’Ile Secrète», la saison 2016-2017 sera «encore plus axée que d’habitude sur des rencontres entre le jazz et le classique ou les musiques du monde et le classique», précise David Greilsammer. La mezzo-soprano Anne Sofie von Otter (dans des airs d’opéras de Händel et les Chants d’Auvergne de Canteloube) et le violoniste Didier Lockwood ouvrent la ronde des cinq «Concerts prestige». D’autres violonistes, comme le jeune Serbe Nemanja Radulovic (au look décoiffant) et l’Allemand Christian Tetzlaff s’empareront respectivement des Concertos pour violon de Tchaïkovski et Brahms – un répertoire que l’on associe plutôt à l’OSR avec des effectifs plus fournis.

Du baroque à l’Arménie

Comme toujours, le GECA aime confronter les genres et les époques. Voile de Xenakis sera intercalé au sein de la suite instrumentale The Tempest du compositeur baroque Matthew Locke. A ce même concert, la soprano canadienne Measha Brueggergosman (une belle voix chaude) panachera airs classiques, jazz et blues. La création est comme toujours à l’honneur, avec un nouveau Concerto pour percussions du Sud-Américain Arturo Corrales créé par Damien Darioli. L’Espagnol Juan Kruz Diaz de Geraio Esnaola élaborera une chorégraphie sur la Suite du Bourgeois Gentilhomme de Lully. Le jeune pianiste arménien Tigran Hamasyan est très attendu pour ses improvisations au carrefour du jazz et des musiques traditionnelles de son pays.

Plus expérimentaux encore, les trois «Concerts sauvages» (à la Comédie de Genève) déclineront un hommage au fado, un autre aux Beatles et proposent un pari assez fou: un concert entièrement interprété sur des instruments-jouets! De nombreux spectacles multidisciplinaires, avec une spécialiste du théâtre d’ombres, des marionnettistes, des artistes du cirque et des jongleurs (au Théâtre Am Stram Gram) ainsi que des danseurs (au Forum Meyrin) complètent la riche affiche du GECA. Les tournées à l’étranger s’étoffent toujours plus (à Pékin et Shanghai avec Richard Galliano, dans la Kammermusiksaal de la Philharmonie à Berlin avec Yaron Herman, à Paris, Londres, Eilat…), preuve que le GECA a su tisser sa toile. Et un premier enregistrement discographique est annoncé. L’aventure singulière de cet orchestre créé de toutes pièces est sur la bonne voie.

Saison 2016-2017 du Geneva Camerata. www.genevacamerata.com