Toute la Chine en poésie, une anthologie

Genre: Anthologie
Qui ? Dirigée par Rémi Mathieu
Titre: Anthologiede la poésie chinoise
Chez qui ? La Pléiade, 1548 p.

«Le soleil blanc descend par-delà les montagnes;/Le fleuve Jaune se fond dans l’océan./Si tu veux du regard mille lis embrasser,/Il te faudra encore d’un étage monter!» Ce poème de Wang Zhihuan (688-742) – traduit ici par Florence Hu-Sterk – ne vous dit peut-être rien. Pourtant, En montant au pavillon des cigognes est au chinois ce qu’est Le Corbeau et le Renard au français. Presque tout le monde le connaît et peut le réciter par cœur. Au point qu’une grande banque occidentale a pu l’utiliser, en 1999, pour un spot télévisé où un lettré le récitait…

Comme d’autres poèmes Tang, le poème de Wang Zhihuan figure dans l’Anthologie de la poésie chinoise que vient de publier La Pléiade. Ce volume – de plus de 1500 pages – ne se contente pas de cet âge d’or de la poésie chinoise classique. Il explore les âges du poème chinois de la littérature la plus ancienne – par exemple avec le Shijing, le Classique des poèmes (déjà lui-même une anthologie dont on dit qu’elle fut établie par Confucius) – à la poésie des Han et des Sui, puis à celle des Song et ainsi de suite jusqu’aux Qing et à l’époque moderne et contemporaine, dont le plus célèbre représentant est sans doute Mao Zedong lui-même, président et poète: «Le vent déroule tel un tableau le drapeau rouge», écrit-il dans Jour de l’an. Le dernier poète cité ici, Haizi, s’est donné la mort à l’âge de 26 ans, en 1989, quelques mois avant les événements de Tiananmen. «Dans le noir/j’ai trois détresses: errance, amour, existence/et trois faveurs: poème, trône et soleil», peut-on lire dans son Nocturne.

Sous la direction du sinologue Rémi Mathieu, une équipe d’excellents traducteurs – venus aussi bien des études de chinois classique que de la pratique de la traduction littéraire contemporaine – s’ingénie à rendre accessible ce pan de la culture chinoise à un public francophone, qui n’a pas accès à la langue d’origine. Faire passer des poèmes chinois très divers, constitués de caractères, avec leur métrique propre, organisés en vers et par correspondances, parfois en mélodie, etc., dans une langue aussi antipodique que le français, est une gageure. Un défi que les traducteurs, «ces messagers des deux mondes», dit Rémi Mathieu, ont relevé en faisant de leur mieux. Rémi Mathieu note, modestement, qu’ici chacun a travaillé avec «ses goûts, ses talents, ses manques, son idéologie» et que chaque artisan de ce volume collectif est à la fois «le destructeur et le créateur de la composition qu’il travaille». Et ce volume, qui offre un bel accès à un pan de la culture chinoise, rend hommage à des anthologies antérieures – comme celle de Demiéville, tout en tentant de faire date pour le moment présent.