classique

Robert Schumann, Fantasiestücke op. 12, Scènes d'enfants et Humoresque, Philippe Cassard (piano) (Ambroisie AMB 9961/Musicora)

Ce sont trois facettes de Schumann qu'éclaire cet enregistrement. Alors que les Scènes d'enfants alignent des instantanés miniatures, les Fantasiestücke op.12 et la Grande Humoresque requièrent un souffle large et visionnaire. Peu de pianistes ont osé aborder ce dernier cycle, le plus déroutant de tous et peut-être le plus génial.

Schumann lui-même était conscient que le terme «Humoreske» – à mi-chemin entre «humour» et «humeur» – était intraduisible en français. «Il est regrettable que votre langue n'ait pas d'équivalents exacts pour exprimer des notions aussi enracinées dans la culture allemande que l'exaltation du rêve (das Schwärmerische) et l'humour.» Derrière les sursauts d'humeur qui jalonnent ce cycle, c'est une profonde mélancolie qui s'en dégage. Au pianiste de trouver le juste équilibre entre geste improvisé et pensée structurée.

Le toucher de velours, la force tranquille de Philippe Cassard en ont fait un interprète inspiré de Debussy. Il auréole les Fantasiestücke d'un lyrisme enchanteur. Les Scènes d'enfants oscillent entre contemplation et somnolence. La main se fait parfois lourde («Un Evénement important») et la prise de son, un rien cotonneuse, tend à aplanir les contrastes. N'en reste pas moins que les pièces les plus intérieures trouvent en lui un interprète subtil. Son Humoresque plonge dans le rêve éveillé de Schumann. Ne manque qu'un supplément d'audace et d'éclat dans certaines sections rapides.