Pancrace Royer. Pièces pour clavecin 1746. (Ambroisie/Musikvertrieb)

Pancrace Royer? Christophe Rousset retourne à ce compositeur qu'il avait déjà choyé à l'occasion d'un récital capté en 1991 pour Decca (L'Oiseau lyre). Ironie du sort: la major réédite cet enregistrement magnifique alors que le claveciniste français renouvelle son approche des œuvres sur un CD publié par le label Ambroisie.

Royer est décidément un génie. Né en 1705 et mort brutalement à l'âge de 50 ans, ce compositeur conjugue la finesse d'un Couperin et l'éclat d'un Rameau. Il va aussi loin, voire plus loin pour ce qui concerne la virtuosité: «La Marche des Scythes» est l'une des pages les plus délirantes du clavecin français, avec son refrain crâne et ses envolées ravageuses.

La différence majeure tient à la sonorité de l'instrument. Le clavecin Goujon-Swanen du Musée de la musique à Paris présente un timbre plus perçant et rocailleux que le Hemsch de 1751 au luxe voluptueux. Il en résulte des interprétations semblables à des eaux-fortes. A «La Majestueuse», que nous préférons dans l'ancien enregistrement, succèdent des pièces tour à tour enlevées et méditatives, ces dernières étant servies avec un supplément d'intériorité qui en sert toute la beauté. «L'Aimable» trahit une inquiétude sourde, et «Les Tendres Sentiments» atteignent des sommets de gravité par la décantation du geste. Christophe Rousset n'a pas perdu une once de sa dextérité; il resserre un brin le geste dans les passages virtuoses.