Ce devait être un des grands moments du Verbier Festival. La soirée de mercredi a tenu toutes ses promesses: le Requiem de Verdi, joué dans une salle Médran comble, est passé sur les hauteurs de la station valaisanne comme un long moment de suspension et d'immersion totale dans cette œuvre majeure du compositeur italien. Les prémisses, il est vrai, ne laissaient pas de place aux doutes. A commencer par l'affiche, qui réunissait sur la même scène des chanteurs d'une richesse à vous lécher les doigts: la soprano Barbara Frittoli (splendide Fiordiligi sous la direction de Riccardo Muti ou encore Desdémone inoubliable en compagnie de Claudio Abbado), Dolora Zajick, mezzo-soprano au timbre typiquement verdien, le ténor Marcello Giordani et la basse René Pape, qui revient à Verbier après son passage remarqué dans l'Elektra de Strauss.

Solennité et immensité

Sous la direction de James Levine, l'UBS Verbier Festival Orchestra et la Collegiate Chorale de New York soulignent, dès les premières mesures, la dimension monumentale de cette messe aux morts composée pour honorer la mémoire de l'écrivain Alessandro Manzoni. Les murmures du chœur, les archets à l'unisson dans les graves et les tempi dilatés concourent à créer une impression de solennité et d'immensité. Puis, c'est la plongée apocalyptique vers un «Dies irae» tonitruant, agile et d'une précision époustouflante, auquel fait suite un splendide et puissant «Tuba mirum», que James Levine aborde en appuyant particulièrement sur les cuivres. La lecture que donne le chef américain est à la fois empreinte de légèreté (des archets qui ouvragent avec finesse, comme pour évoquer la sérénité de l'au-delà) et de grandeur (un chœur aux déclamations appuyées, qui rappellent la sévérité du Jugement dernier).

Dans cet équilibre constant, s'insèrent des voix solistes qui regorgent de splendeur. Celle de Barbara Frittoli, tout d'abord, habitée par un sens rare du drame. Son «Libera me» conclusif, concentré de pathos, exalte son chant profond et sensuel. Celle de Marcello Giordani, aussi, qui donne parfois l'impression de forcer sur les cordes vocales («Ingemisco»), mais que la clarté et les rondeurs rendent chaude et éclatante. Et si on attendait une plus grande puissance dans les graves de René Pape, on est néanmoins subjugué par sa capacité à rendre aérien le «Confutatis». Enfin, Dolora Zajik émeut pour la beauté dépouillée de sa voix dans le «Liber scriptus». Voilà une soirée où il a été donné de toucher le ciel du doigt.