Neuf ans après une Cérémonie assez impressionnante dans sa glauque froideur, Claude Chabrol revient à Ruth Rendell. L'occasion d'un nouveau film marquant sur fond de lutte des classes? Que non, juste un Chabrol de plus, qui confirme ce que l'on sait depuis longtemps: de l'ex-nouvelle vague, dont les survivants (Rohmer, Rivette et Godard) ont tous produit un film dans l'année, il est de loin le moins passionnant.

Malgré un début prometteur, La Demoiselle d'honneur a tôt fait de s'installer dans le train-train du mini-thriller provincial à réminiscences hitchcocko-langiennes. On est ainsi appelé à s'identifier à Philippe Tardieu, jeune cadre dans une entreprise du bâtiment, qui vit avec sa mère coiffeuse et ses deux sœurs dans un pavillon de la banlieue nantaise. Au mariage de l'aînée, Philippe fait la connaissance de Senta (Laura Smet, décidément prometteuse), une des demoiselles d'honneur. Orpheline, actrice, mystérieuse… ou simplement mythomane? Devenu son amant, il se trouve entraîné dans un tourbillon où la passion amoureuse et le mensonge se confondront jusqu'au crime…

L'idée d'un échange de meurtres (comme preuve d'amour!) a beau évoquer L'Inconnu du Nord-Express, le film ne passe jamais à la vitesse supérieure. Comme si Chabrol ne parvenait plus à s'extirper d'une mesquinerie provinciale et d'un flou moral qui seraient devenus chez lui une seconde nature. Soigné, bien interprété, beaucoup trop objectif surtout, le film manque malheureusement de ce vertige indispensable pour qui prétend révéler les abîmes de l'âme humaine. Désormais une affaire de famille, la machine Chabrol ronronne à plein régime mais n'étonne plus.

La Demoiselle d'honneur, de Claude Chabrol (France 2004), avec Benoît Magimel, Laura Smet, Aurore Clément, Bernard Le Coq, Michel Duchaussoy.