Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

hors compétition

Claude Lanzmann, pour mémoire

A 87 ans, l’auteur de «Shoah» revient avec «Le Dernier des injustes», un film essentiel

A Cannes comme ailleurs, le «devoir de mémoire» n’est pas ce qui fait courir les foules. Mais Thierry Frémaux avait bien organisé la chose, privant les 3h40 du nouveau film de Claude Lanzmann de concurrence dimanche soir. Alors on y est allé en traînant un peu les pieds, on a noté l’importance de l’événement à la présence d’Aurélie Filipetti, de Valérie Trierweiler, on a poliment applaudi le vénérable auteur de Shoah… et on a complètement oublié Cannes! Tous ceux qui ont vu des documentaires consacrés à l’Holocauste le savent déjà: devant cet inimaginable, tout le reste s’efface, paraît soudain terriblement anecdotique. Le Dernier des injustes ne fait pas exception.

Les «chutes» de 1975

A l’origine de ce projet, des «chutes» n’ayant pas trouvé leur place dans les huit heures de Shoah (1985): une longue interview, réalisée à Rome en 1975, de Benjamin Murmelstein (1905-1989), seul survivant des Congrès juifs qui dirigeaient les ghettos sous les nazis. Ce rabbin de la communauté juive de Vienne devint le dernier président du Conseil de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie (Terezin), «ghetto modèle» cachant un véritable camp de concentration et vanté dans le fameux film de propagande Le Führer offre une ville aux juifs. Un affreux «collabo», donc, comme l’ont affirmé certains, dont Hannah Arendt? Or, cet homme qu’on n’a pas jugé bon d’inviter au jugement d’Adolf Eichmann en 1961 à Jérusalem en avait, des choses à raconter! La «banalité du mal»? Foutaises pour celui qui pendant sept ans n’a que trop bien connu l’ignoble organisateur de la Solution finale du «problème» juif…

Lanzmann n’est pas qu’un intervieweur opiniâtre. Pour mettre ce document en perspective, il s’est rendu sur les lieux évoqués, de Vienne à Cracovie et de Nisko (une répétition générale oubliée) à Terezin. Les plans majestueux de ce pèlerinage donnent tout leur poids au témoignage de Murmelstein, qui se définit comme la Shéhérazade des nazis, obligé d’inventer des histoires pour rester en vie et sauver ceux qui pouvaient l’être. Quant à Lanzmann, désormais plus âgé que son interlocuteur d’alors, il retrace de manière limpide sur ces lieux vides, ou effacés par la modernité, les étapes de la marche vers l’horreur absolue.

On croit toujours savoir. Et puis, en cinq minutes en compagnie de ces deux-là, on s’aperçoit qu’on ne sait quasiment rien. Que placés entre le marteau et l’enclume, tiraillés par des contradictions inhumaines, les Conseils juifs ont sans doute connu de tout, mais que Murmelstein, homme d’action qui a réussi à faire émigrer 120 000 juifs et à éviter la liquidation de Theresienstadt, n’a décidément rien d’un «collabo» méritant la pendaison (selon l’historien Gershom Scholem)… Après dix minutes de «standing ovation» nécessaires pour se remonter le cœur des chaussettes, une évidence: oui, le cinéma peut être très grand quand il sert ainsi l’Histoire, fût-ce avec un peu de retard.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps