Le Temps: Pourquoi tant de changements?

Claude Nobs: D'abord, il nous fallait rééquilibrer le budget. Nous économisons 3 millions avec cette nouvelle formule, sur un budget global de 16 millions. La salle du Casino, qui n'était de toute manière pas très accessible, nous coûtait bien davantage qu'elle nous rapportait, malgré les sièges pleins. Nous devions pratiquement constituer, sur le plan de l'infrastructure, un second festival dans le festival. Ce qui n'était plus envisageable. De toute manière, les sponsors nous suivent. Le Casino ne les intéressait pas.

- Et l'abandon de la monnaie locale, le jazz?

- J'en avais assez de cette salade. Nous avons effectué une comptabilité analytique sur l'ensemble du secteur. Et les frais étaient trop grands. Il faut nous recentrer sur l'artistique. J'ai déjà dit que je ne voulais pas devenir un marchand de saucisses.

- Et le jazz lui-même?

- On nous reprochera toujours d'en faire moins. Il faut se rendre à l'évidence. Je reviens de New York, j'ai vu Larry Coryell devant une salle presque vide. Les grandes figures du genre sont de plus en plus rares. Nous avons décidé de nous recentrer sur quelques projets de jazz que j'estime. Comme Brad Mehldau et Pat Metheny.

- Quand on regarde le programme des premières soirées, avec ces grands groupes pop, on se demande si vous n'avez pas renoncé à votre recette de pot-pourri américain...

- D'abord, nous avons constaté que le premier week-end du festival devait être absolument plein, sinon le reste de la manifestation en pâtit. Donc, nous avons choisi des valeurs sûres qui pourront jouer dans des conditions qu'on ne retrouve pas ailleurs. D'autre part, peu d'artistes étaient en tournée cette année. Si nous avions conservé la salle du Casino, je me demande comment nous aurions rempli notre affiche.

- En redéfinissant votre concept, il semble que vous vouliez aussi contrer la concurrence des autres festivals?

- Nous souffrons tous de la montée des cachets. Moi, je veux de l'artistique. Je veux des événements. Ce qui me touche, c'est quand ce qui se passe à Montreux ne peut avoir lieu nulle part ailleurs.