Claude Pujade-Renaud

Au Lecteur précoce

Actes Sud, 186 p.

Après plusieurs romans, dont Belle-mère (qui lui valut en 1994 le Prix Goncourt des lycéens), Claude Pujade-Renaud revient à la nouvelle, qu'elle pratique avec une subtilité aiguë depuis Un si joli petit Livre (1989) ou Vous êtes toute seule? (1991). Son domaine d'exploration dans le genre bref, ce sont ces mots épiés ou tus, ces lapsus et ces malentendus, ces rêves oubliés qui tissent les existences ordinaires d'hommes et de femmes à qui il semble avoir manqué peu de chose pour être heureux. Et ses thèmes, la danse, la psychanalyse, la famille, la guerre, la maladie, le temps qui passe. Dans «Lustrum», les divers sens du mot lustre (le laps de temps, l'éclat et la lampe à pendeloques) suffisent à retracer le parcours d'une vie, placée de la conception à la mort sous le signe fragile du cristal et du champagne. Les deux belles-sœurs délaissées de «Mourir à petite pluie» partagent en Normandie des vacances communes, cependant que le mari de l'une découvre la Grèce avec la fille de l'autre… Et dans «Au lecteur précoce», qui donne son titre au recueil, un écrivain un peu las, coincé dans un Salon du livre, revit grâce à un jeune homme venu lui dire l'importance d'une dédicace ancienne.