Il l’avait dit sans l’ombre d’une nostalgie, sur le seuil de son domicile parisien. C’était l’hiver et on savait qu’il voyait clair. Rêve et folie serait son ultime oeuvre. Claude Régy, qui vient de s’éteindre à 96 ans, voulait achever son odyssée en beauté, en célébrant Georg Trakl, ce poète mort en 1914, déchiré par la vision des cadavres dans le bourbier de la guerre. Il voyait en lui un frère d’âme, un extralucide qui cherchait son humanité par-delà la bienséance et les morales à la petite semaine.

Claude Régy s’était montré une nouvelle fois fidèle à sa signature, en ce mois de mars 2017, au Théâtre de Vidy. Servi par l’acteur Yann Boudaud, l’un de ses disciples, Rêve et folie résonnait à la fois comme un requiem et une messe noire. Dans son fauteuil, on jouissait de se sentir hérétique, hors de tout ordre convenu, projeté dans une dimension athlétique - celle de ce forgeron de Yann Boudaud - et métaphysique. On brûlait sur le bûcher de nos vanités et on ressuscitait.